Plaquages : attention danger

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    Plaquages : attention danger
Publié le , mis à jour

Les plaquages sont devenus une plaie du rugby moderne. Trop souvent Dangereux, ils sont à l’origine de la plupart des commotions cérébrales. Si la sécurité des joueurs demeure une cause cruciale, faut-il modifier les règles à proportion pour éviter un drame toujours possible ?

Plus schizophrène, tu meurs. Oubliez «Un tramway nommé désir», «Mulholland Drive», «Psychose», «Fight Club», «Split» et autres chefs d’œuvres du septième art : plus que jamais, le blockbuster du Top 14 a franchi un cap dans le dédoublement de personnalité. On exagère ? Même pas, et c’est bien cela le pire, tant la prudence absolue, parfois excessive, et quand bien même nécessaire des arbitres et staffs médicaux ne parvient même plus à donner le change devant la radicale sauvagerie des sportifs… Tout le monde le voit, le sent, le pressent à l’image de Wesley Fofana dans ce même journal: le rugby actuel n’a jamais semblé aussi proche de l’irréparable, à savoir un mort sur les terrains. On ne saurait, en effet, ne pas tenir compte de l’avis exprimé dans «La Montagne» par le professeur Jean Chazal, neurochirurgien au CHU de Clermont-Ferrand, par ailleurs nommé expert national au Grenelle de la santé des joueurs. « Il faut arrêter le massacre et faire de la prévention. On nous dit que ce n’est pas possible, que les joueurs sont de plus en plus grands et de plus en plus gros… […] Mais moi, je vois des plaquages destructeurs, à retardement, par derrière, sur des joueur relâchés. L’aorte peut se désinsérer sur un tel choc : la personne fait une hémorragie interne et meurt en quelques secondes. Ça va arriver, je le dis, je l’ai dit et je le redis aujourd’hui, et pourtant ça ne bouge pas.» En question ? Les phases de plaquage, bien sûr, qui occasionnent entre autres 76 % des commotions cérébrales constatées. Et si certains argueront que 72 % de celles-ci concernent non pas les plaqués mais les plaqueurs, soulignant que les conséquences du geste sont souvent moins néfastes qu’une mauvaise technique de plaquage, on ne peut que souscrire à la thèse selon laquelle une modification des règles va très vite devoir intervenir, afin de protéger les joueurs contre eux-mêmes… Interdire les plaquages au-dessus de la taille ? Pourquoi pas, même si cela pourrait amener de l’eau au moulin à ceux qui estiment qu’après avoir touché aux mêlées, aux rucks et aux passes en-avant, le jeu a déjà été assez dénaturé…

que l’histoire ne se répète pas...

Alors quoi ? Revenir à seulement trois remplacements, pour inciter les joueurs à dépenser moins d’énergie ? Sanctionner encore plus fortement les plaquages dangereux ? Interdire tout joueur victime d’une suspicion de commotion à revenir sur le terrain ? Tout cela peut s’étudier, bien sûr. Et nous rappelle en creux que les questions autour de la phase de plaquage, si symbolique, ont depuis toujours accompagné les crises existentielles du rugby français. On en veut pour preuve le tragique accident survenu au jeune ailier agenais Michel Pradié, décédé un jour de demi-finales des suites d’un plaquage cathédrale assené par son vis-à-vis palois Fernand Taillantou. C’était en 1930, juste avant que la France ne soit exclue du Tournoi par ses homologues des Home Nations, mécontentes de la façon dont le rugby hexagonal était géré, sur fond de violence et d’amateurisme marron. Autres temps, autres mœurs, vous dites? Probable. N’empêche que la période actuelle, déjà suffisamment troublée, aurait tout intérêt à se pencher sérieusement sur la question, sous peine de voir l’histoire se répéter. Cette fois-ci en direct,d evant les caméras du monde entier...

Nicolas Zanardi
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