Romain Taofifenua : « ne pas blâmer les arbitres qui protègent les joueurs »

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    Romain Taofifenua : « ne pas blâmer les arbitres qui protègent les joueurs »
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Romain Taofifenua, 2e ligne du RCT et international français, estime que la multiplication des cartons n’est certainement pas une dérive de l’arbitrage, et considère que c’est aux joueurs de revoir les bases du plaquage.

Romain, on voit le nombre de cartons distribués sur des gestes plus impressionnants que dangereux se multiplier en Top 14. La question est donc simple : aujourd’hui, a-t-on encore le droit de plaquer ?

Peut-être que le nombre de cartons augmente, mais il faut reconnaître que le rugby est devenu un sport spectaculaire. Chaque week-end, chaque journée, offre son lot d’images qui font peur. Je pense qu’il n’est donc pas habile de reprocher aux arbitres de distribuer des cartons, étant donné qu’ils donnent la priorité à notre santé. Je pense qu’ils ne sont pas responsables et qu’il faudrait que nous, les joueurs, nous appliquions davantage, quitte à revoir la technique de plaquage. Nous allons de plus en plus vite, nous sommes de plus en plus costauds mais ce n’est pas une raison pour que le rugby devienne plus dangereux. On doit peut-être revoir les bases, pour éviter de prendre mais surtout de donner de mauvais coups.

Où se situe, selon vous, la limite entre la protection et la surprotection du joueur ?

Je dirais qu’il n’y a pas de vérité, car nous ne sommes pas arbitrés par des robots, et que les situations diffèrent sur chaque rencontre. Mais qui peut reprocher à un arbitre de distribuer un carton à un joueur qui s’est rendu coupable d’un plaquage, si ce n’est dangereux, au moins limite ? Forcément, c’est rageant sur le coup. Contre Clermont, je n’avais pas l’intention de faire mal, mais mon plaquage était vraisemblablement dangereux et l’arbitre a protégé le joueur. C’est normal. Avec les gabarits qui sont les nôtres aujourd’hui on peut se faire mal, voire se mettre en danger. Heureusement que la santé a été replacée au centre du débat. Maintenant, il faut qu’elle entre dans les mœurs et qu’on accepte d’être sorti sur un plaquage « limite ». Ainsi, on en limitera le nombre.

Quitte à multiplier le nombre de cartons ?

Je pense vraiment qu’on avait besoin de donner à nouveau la priorité à la santé des joueurs. On voit de plus en plus de séquelles sur d’anciens professionnels, les KO ont augmenté et il ne fallait pas aller trop loin. On ne peut plus jouer avec notre santé.

Le risque c’est également que certains gestes soient surinterprétés et qu’on aille vers une multiplication des cartons sur des situations parfois moins dangereuses que spectaculaires.

C’est toujours la limite. Il ne faudra pas non plus faire de zèle et donner un carton pour donner un carton. Il ne faut pas en abuser, et trouver l’équilibre. J’ai en tête le plaquage de Tuifua contre Pau. Sur cette situation, tous les acteurs présents sur le terrain n’avaient pas forcément perçu une volonté de faire mal, ni même la dangerosité du geste. Et finalement, en suivant le règlement à la lettre et en considérant qu’il avait d’abord engagé l’épaule, l’arbitre a sorti un carton. Il faut trouver le juste milieu entre le règlement et son application sur le terrain. Aucune situation n’est similaire. Mais je le répète, on ne peut pas blâmer les arbitres qui protègent les joueurs. Si on veut réduire le nombre de cartons, tout en protégeant les joueurs ? Je pense qu’il est indispensable de retravailler la technique de plaquage.

Enfin, selon vous, quelle est la limite entre le plaquage dangereux et le plaquage offensif ? Entre le plaquage qui fait mal et celui qui fait peur ?

C’est difficilement estimable, mais il faut bien avoir conscience et se rendre compte que, même si nos gabarits ont évolué, on n’a pas la volonté de faire mal. Nous, on doit gagner nos duels, faire des plaquages qui mettent notre équipe dans l’avancée, mais on ne cherche jamais à blesser un adversaire. Si l’on devait véritablement séparer les deux, je dirais qu’il y a véritablement deux plaquages dangereux : celui où un joueur est retourné, et où il risque de tomber sur la nuque, et celui au dessus des épaules. Pour le reste, et encore il faut voir au cas par cas, mais je pense que ce sont des plaquages offensifs.

Par Pierrick ILIC-RUFFINATTI

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