Faut-il changer les règles ?

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    Faut-il changer les règles ?
Publié le , mis à jour

Sport de combat collectif, le rugby est surtout devenu un jeu de casse-briques qui matyrise les corps de ses héros. Les comportements des compétiteurs ne peuvent pas s’auto-réguler, il faut agir.

Si un homme vaudra toujours un homme, la parole de certains pèse nécessairement plus lourd dans la balance, de par leur statut et leur antériorité. Ainsi, quand Billy Vunipola s’exprime sur le rugby, on s’assoit et on écoute : « Les corps ne peuvent plus suivre le rythme actuel. Parce que le rugby est trop dur ou, en tout cas, les saisons trop longues. » Et c’est gros bébé de 132 kilos et 24 ans seulement qui l’affirmait, mi-septembre. Cette usure des corps lui avait déjà coûté son absence à la dernière tournée des Lions britanniques et irlandais, en raison d’une blessure à un genou après une saison à 23 matchs et deux mois de blessure. Depuis, Vunipola a subi une rechute et ne rejouera plus de l’année 2017.

1 820 suspicions de commotions en amateur, l’an dernier

La question est celle des rythmes. Aussi celle des impacts, toujours plus hauts, toujours plus violents dans un sport qui martyrise aujourd’hui les corps. Lors des dernières phases finales de Top 14, dix-neuf protocoles commotions ont été enregistrés en seulement cinq matchs. Et puisqu’on singe toujours la locomotive, le rugby amateur suit cette tendance : lors de la réunion des commissions médicales territoriales, le 27 septembre dernier, le docteur Thierry Hermerel (président du comité médical de la FFR) avançait le nombre hallucinant de 1 820 suspicions de commotions sur le monde amateur, des moins de 16 ans à la Fédérale, pour la saison 2016-2017. L’urgence est réelle.

47 ans d’espérance de vie pour les joueurs de NFL

Elle est aussi assumée désormais, collectivement et par les acteurs. Les seuls qui peuvent finalement faire bouger les choses. « On ne verra plus de carrière allant jusqu’à quinze ans de pratique. Quarante matchs par saison, le corps ne peut pas, ne peut plus. Les blessures le prouvent » s’alarmait Wesley Fofana dans nos colonnes, il y a une semaine. « Je ne sais pas où on va. je ne m’étais jamais autant rendu compte que depuis que je ne joue plus, à quel point ça tape fort. Sur le long terme, ça fait peur. J’ai l’impression que l’on attend qu’il se passe quelque chose de vraiment grave pour réagir ». Et le trois-quarts centre de l’équipe de France, absent des terrains depuis neuf mois en raison d’une rupture d’un tendon d’Achille, de s’interroger. « Peut-on faire marche arrière ? Je ne crois pas. Faut-il changer les règles ? ». C’est l’idée. Pas pour favoriser le spectacle, cet idéal après lequel le rugby court depuis une décennie. Mais pour protéger la santé des joueurs en légiférant sur les mêlées, les rucks et les plaquages. Le sensationnalisme n’en sortira peut-être pas grandi. Mais on s’évitera peut-être une génération de joueurs à moins de 50 ans d’espérance de vie, comme c’était le cas pour les joueurs de NFL football américain au milieu des années 2000.

Léo Faure
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