La semaine de tous les dangers

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    La semaine de tous les dangers
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On ne fera croire à personne que la tournée d’automne qui s’annonce aura, pour le XV de France, des airs de sinécure. Affronter les All-Blacks deux fois en trois jours, avant de se mesurer à cet autre maître à auner les étoffes qu’est l’Afrique du Sud en fin de semaine, relève au mieux du parcours du combattant, au pire de la gageure pure et simple. Je ne doute pas que la FFR communique de manière autrement positive sur le sujet. 70 joueurs à l’essai (en comptant le match des Barbarians), des jeunes lancés dans l’aventure, une vaste revue d’effectif, une couverture médiatique appropriée : de quoi ranimer en somme la flamme d’un rugby français soumis, depuis trop de temps, au roulis de la tempête.

L’espérance sera de mise, bien sûr, et avec elle son cortège d’émotions, d’enthousiasme, de commentaires. On attend beaucoup, c’est vrai, du talent d’Antoine Dupont, de Damian Penaud, de Yacouba Camara, d’Antony Belleau, de Swan Rebbadj, à même, entre beaucoup d’autres, de redonner ce souffle et cette énergie qui manquent peut-être à notre équipe nationale. Comme on espère, naturellement, dans le retour de Wesley Fofana, la confirmation d’une deuxième ligne Vahaamahina-Taofifenua aux forts accents calédoniens, ainsi que Fouroux en rêvait-il y a trente ans. Guy Novès a raison de dire que c’est ici que se dessinera la future ossature du groupe appelé à disputer le prochain Mondial et que rien ne serait pire que le défaitisme. Nous n’en disconvenons évidemment pas. Sinon, à quoi bon jouer ! Mais toutes ces bonnes résolutions ne sauraient masquer l’étendue de la tâche qui attend nos Bleus.

Pour qui a vu évoluer les Blacks tout au long de l’été et ce début d’automne, pour qui a mesuré le degré de perfection de leur rugby – maîtrise gestuelle, faculté à très bien se comporter dans les phases de conquête, solidité défensive, méticulosité sur les rucks, degré de complicité sur les turnovers, qualité du jeu au pied – sait bien qu’envisager une victoire contre eux, relève, en l’état actuel des choses, sinon du pur fantasme, du moins de l’exploit majuscule.

On est certes très bien placé en France pour savoir que les All-Blacks ne sont pas invincibles. Et le sélectionneur a toujours raison de rappeler que nos Bleus n’échouèrent que de cinq petits points, l’an dernier, à pareille époque, face à ce même adversaire. Il n’en demeure pas moins vrai que le rugby français va passer, en huit jours, de la Nouvelle-Zélande à l’Afrique du Sud-qui nous a châtiés trois fois au printemps dernier-via la possible obtention de la Coupe du Monde 2023, dont le résultat sera connu le 15 novembre, par tous les états de stress possibles et imaginables. Une victoire, sur le double front du terrain et des coulisses et la fête sera totale. Un assortiment de défaites et tout pourrait basculer très vite dans le règlement de comptes et l’abomination. Bernard Laporte le sait mieux que personne : l’adversaire est partout. Il connaît le sérail, il grenouille dedans depuis sa prime enfance. Mais c’est un autre archipel qui l’attend personnellement, plus politique et nettement moins romanesque.

Jacques Verdier
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