Reflets de la mondialisation

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La tournée d’automne va remettre le rugby étranger au-devant de la scène. La face visible de l’iceberg, inondée de soleil austral, est admirable. Pour qui aime ce jeu, rien de plus beau, de plus brûlant, que les All-Blacks de Nouvelle-Zélande. Un match contre eux recèle une qualité d’émotion en rien comparable.

Deux matchs au programme, c’est Byzance ! L’Afrique du Sud, au cœur de ce feuilleton de novembre, c’est aussi beaucoup de bonheur et de tracasseries en perspective. Bonheur de voir évoluer cette équipe, dans sa double et nouvelle dimension consistant à marier le beau et l’efficace ; tracasseries – et non des moindres – sur la meilleure façon de la battre. Quant au Japon, ne l’oublions pas, il a laissé sur la dernière Coupe du Monde une impression magnifique de solidarité et de hardiesse. Sa victoire contre les Boks restant, en l’espèce, le clou de la compétition. La face immergée de ce même iceberg est autrement préoccupante. Si mes informations sont bonnes, toutes ces équipes – Australie et Argentine comprises – seraient exsangues. Le public ne suivrait plus ou dans des proportions moindres les compétitions domestiques, se détournerait du Super Rugby et les partenaires se feraient tirer l’oreille à l’instant de promouvoir un sport dont toutes les études tendent à démontrer qu’il vogue, désormais, vent de face. On prévoit moins 40% de recette sur le Mondial organisé par le Japon par opposition à la dernière session. Les finances des fédérations seraient à sec. Et un fort souffle de colère se lève au Sud à l’encontre des clubs français et anglais, accusés, par leur recrutement jugé indécent, d’imposer une surenchère financière que ces pays ne pourraient plus suivre. On sait que la fédération Fidjienne – comme son homologue italienne d’ailleurs qui aurait vu ses droits télévisés revues largement à la baisse – serait à deux doigts de déposer le bilan et que les ressources économiques seraient continûment affaiblies depuis plusieurs années. Face à cette paupérisation des équipes de l’hémisphère Sud, World Rugby envisagerait de prendre des mesures drastiques.

Augustin Pichot, l’ancien demi de mêlée et capitaine argentin, aujourd’hui vice-président de la vénérable institution, serait même favorable à mettre un terme à ces tournées d’un autre âge, afin de privilégier une sorte de Mondial annuel. La proposition semble folle de prime abord, mais serait instruite par l’incapacité nouvelle de ces pays à faire face aux enjeux de la mondialisation. Dans un même ordre d’idées, World Rugby, voudrait donner un coup d’accélérateur à la deuxième compétition européenne des clubs à même de permettre aux meilleures équipes russes, géorgiennes, roumaines, belges et espagnoles de gagner en autorité, en maturité, pour compenser, à terme, l’affaiblissement d’un sport dont la France n’a pas, ou très peu, conscience. La nécessité d’agir semble de fait impérieuse. D’autant que dans le même laps de temps, le XIII que l’on dit moribond depuis trente ans, multiplie les créations de clubs, de Toronto, à New-York jusqu’à Miami, avec des relais possibles vers la Russie et la Belgique, dans le secret espoir de redonner vie à un jeu jusque-là bancroche et enfermé depuis toujours dans une sorte de consanguinité qui menace également le XV si celui-ci ne prend pas, à son tour, le taureau par les cornes. L’avenir de notre sport et c’est tout le paradoxe, sera international ou ne sera pas. Les difficultés manifestes des uns, si elles doivent être maîtrisées au plus vite, n’empêchant en rien l’avènement d’autres pays, à la condition expresse de les aider puissamment. Et là, au moins, Pichot a raison quand il dit que le modèle ancien a vécu et qu’il faut s’ouvrir vers de nouvelles compétitions et un autre modèle économique.

Jacques Verdier
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