Castres, jusqu’au pittoresque !

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    Castres, jusqu’au pittoresque !
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Les Tarnais ont empoché le bonus alors qu’ils étaient encore menés à la 73e. Le CO ne peut espérer gagner tous ses matchs avec des scénarios aussi fous. Ses trous d’airs sont trop dangereux.

«Oui, je vous confirme que ce ne fut pas un match facile à synthétiser… narra Christophe Urios, visiblement tourneboulé par toutes ces péripéties, presque jusqu’au pittoresque. À vrai dire, je ne comprends pas comment nous pouvons nous retrouver dans la panade avec un tel contrôle du match en notre faveur… Nous vivons vraiment une saison particulière et je ne sais pas où elle peut nous mener… » Une chose est sûre, les Castrais des tribunes n’en menaient pas large à 21-28 à la 55e après ces trois essais agenais marqués coup sur coup. Les Castrais de la pelouse nous ont affirmé qu’ils n’avaient jamais cédé à la panique : « Nous aurions pu sortir du cadre en effet et trembler mais vous avez noté que nous ne nous sommes pas éparpillés et que nous avons fini par obtenir ce que nous cherchions, c’est-à-dire le bonus. » Nous l’avons remarqué, le CO est entré sur le terrain pour enfiler les essais comme des perles : « Je l’assume. J’avais demandé aux joueurs de ne pas tenter notre première pénalité et d’aller en touche pour marquer notre territoire… » Les joueurs sont allés au-delà de ces consignes. À notre pointage, ils ont refusé de tenter cinq pénalités dans les cordes de leur buteur en première période. De cette approche conquérante, ils ont retiré deux essais superbes bonifiés par le talent de David Smith passeur génial (relance de Dumora ; attaque en première main derrière mêlée) et peut-être aussi une forme de suffisance. On le comprend car les Castrais faisaient aussi la loi en mêlée. À trois essais à zéro à la 44e, ils ont cru que ce match à l’heure de l’apéro serait une partie de plaisir. Personne n’aurait pu prévoir cette « panne de lumière » de cinq minutes. Reconnaissons aux Castrais le mérite d’avoir tout de suite su trouver la clé de l’occupation (lire ci-contre), c’est ça qui leur a offert la victoire, à notre sens grâce à la science de leur ouvreur argentin Benjamin Urdapilleta, Puma sans doute trop furtif. Il a su installer son équipe dans les 22 adverses à des moments clés, et son animation fut quasiment sans reproche. « Justement, revoyez ce match, nous avons quand même passé beaucoup de temps dans leurs 22 mètres, vraiment beaucoup de temps », insistait Christophe Urios pour faire passer le message que le retour agenais ne fut finalement qu’un accident ou un trou d’air. « J’ai vu Toulon - Brive hier et les quatre cartons jaunes brivistes, nous aurions pu les voir cet après-midi. Sauf que notre arbitre n’a sorti le premier qu’à la 62e. J’ai envie de dire aux arbitres : « Aidez-nous ! Nous qui jouons. » Je ne dis pas qu’Agen n’a pas essayé de jouer par moments, mais ils ont été clairement très souvent sous pression…»

Heureusement, l’occupation

Castres avait l’occupation et l’impact physique en sa faveur. Christophe Urios connaît trop le rugby pour ne pas l’avoir senti. C’est peut-être pour ça qu’il nous affirma ne pas avoir eu si peur que ça, même à l’heure de jeu. « Oui, je fais peut-être le mariole parce que je connais le résultat, mais j’ai tout de suite senti que le groupe réagissait bien, bien inspiré par ses leaders. Et puis ceux qui sont entrés en jeu ont beaucoup apporté… En fait, j’étais toujours cru à ce bonus. » Sa décision de faire entrer Rory Kockott, fut sans doute l’une de ses meilleures idées de l’après-midi. « Oui, il a remis ce qu’il fallait de jeu dans l’axe. » À partir du moment où ses hommes se rapprochaient de la ligne adverse, les digues devaient forcément sauter. Urios en était persuadé, dans les duels, ses hommes étaient tous un ton au-dessus des Agenais, Urdapilleta bien sûr, Jelonch encore d’avantage : « Et encore, sa progression n’est pas terminée car physiquement, il va encore se développer, il est encore brut. C’est le futur numéro 7 des Bleus, il est si fort dans les duels. Et encore, on ne l’économise pas. Il fait partie de ceux qui ont joué tous les matchs. » Le patron du CO, marqua un temps d’arrêt pour ajouter : « Notre première ligne aussi fut très bonne. Ils ont pris Daniel Kotze, mais ils auraient très bien ou prendre Antoine Tichit. » Avec un tel arsenal, le boss avait donc bien raison de rester confiant, y compris dans l’adversité. Mais il l’a reconnu lui-même, son équipe souffre d‘un problème de constance. Contre les grosses écuries, il ne faudra pas s’en remettre à cette simple addition de talents supérieurs. Le professeur Urios a donc du pain sur la planche pour donner à ses élèves un profil de vrais tueurs de matchs. Car ça finira par ne plus être du tout pittoresque.

Jérôme Prévot
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