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Compétitions

Coup d’arrêt pour la FFR

Etourdis par la décision des deux cabinets d’audit mandatés par World Rugby, les équipes de Bernard Laporte ont contre-attaqué en milieu de semaine. Est-ce vraiment fini ?

Un coup d’arrêt. Une claque. Une poire. Appelez ça comme vous voudrez. Mais la recommandation des deux cabinets d’audit, révélée par rugbyrama.fr et rendue publique mardi matin et donnant priorité à l’Afrique du Sud, a considérablement douché les ardeurs tricolores. Le choix paraît d’autant plus incroyable que l’Afrique du Sud est en proie à une violence constante qui fait 52 morts par jour. Dans le camp Laporte, où l’on se refuse à parler de la violence qui sévit dans le pays, il y a les discours de façade. «Il y aura match, dit le patron de la FFR. Nous sommes premiers sur différents points très importants du dossier, notamment les retombées économiques». Ou encore: «Certains présidents de fédération voteront pour la France malgré la recommandation de World Rugby. Maintenant, il nous faut convaincre les indécis. A nous d’être bons...» Malgrè tout, le choix des experts laisse à penser que l’Afrique du Sud a pris un avantage déterminant dans la course au titre et, si l’on osait, on dirait que cette annonce fut la première défaite d’un automne que l’on craint, à bien des égards, périlleux. Est-ce une raison pour renoncer ? Les équipes de «Bernie» jurent que non et, dès mardi soir, se sont lancé dans de vastes manœuvres politiques censées rallier à leur cause ceux qui n’auraient pas encore choisi. Car des voix sont à prendre, parmi les 39 que dénombrera le vote du 15 novembre, au Royal Garden Hôtel de Londres...

L’Afrique du Sud malgré les violences

L’Italie et l’Argentine, trois voix chacune, pourraient par exemple aller contre l’indication de World Rugby et opter pour la France. Si l’Irlande ne passait pas le second tour du scrutin, on raconte aussi que Celtes et Britanniques (neuf voix réparties entre l’Angleterre, l’Ecosse et le pays de Galles) pourraient eux-aussi reporter leur choix sur la seule nation de l’hémisphère Nord encore en course. Ajoutez à cela l’indéfectible soutien de Rugby Europe, de la Roumanie ou de la Géorgie (une voix chacune) et vous comprendrez pourquoi, à l’heure actuelle, il est impossible de tirer un trait ferme et définitif sur la candidature française. Le rugby, plus que nul autre sport au monde, reste un jeu politique. Et quand bien même Steve Tew, le patron de la fédération néo-zélandaise, avait dernièrement juré suivre la recommandation de World Rugby, on n’oublie pas non plus ce que le CEO des Tout Noir avait déclaré en août dernier au sujet du grand rival des Français: « L’une des raisons pour lesquelles l’Afrique du Sud dispute ses matchs l’après-midi est que les nuits sont trop dangereuses, dans les grandes villes. Les fans n’iraient pas ». La nation arc-en-ciel rêvée par Nelson Mandela, malgrè ses beaux et grands stades, reste donc clivante. Et là réside peut-être la dernière chance de France 2023...

Une lettre à World Rugby... 

Passé la crèpe, le clan Laporte a donc contre-attaqué. Au lendemain de l’annonce faîte par la sainte mère de l’ovale, Claude Atcher (le directeur de France 2023) et ses équipes ont envoyé une lettre à World Rugby. En vrac, les Français s’y sont étonné de voir que leurs infrastructures -comptant cinq stades flambant neufs- aient été rétrogradées en seconde position. Plus loin, les dépositaires de France 2023 se sont dit surpris de voir l’aspect « sécuritaire » de leur projet doublé par une nation en proie à de lourds troubles politiques (lire page 4). Ailleurs, les caciques de la FFR ont une nouvelle fois assuré que les grands stades de foot seraient laissés libres durant l’intégralité du Mondial par un récent décret de la Ligue National de Football. Au terme de cette même missive, le camp Laporte s’est enfin étonné que les retombées économiques promises par France 2023 - le projet offrirait selon Claude Atcher 80 millions d’euros de plus à World Rugby que celui de sa grande rivale - aient été partiellement boudées par les deux cabinets d’audit. Si une telle croisade contre la plus traditionnaliste des institutions reste risquée (« pour qui se prennent-ils ?», nous confiait mercredi un haut gradé de Pembroke street, où loge le siège mondial de World Rugby, à Dublin), la lettre en question recevra de la part des dirigeants de World Rugby la considération qu’elle mérite. A ce jour, aucune rétro-action n’est cependant envisageable et, à quelques foulées du scrutin, l’Afrique du Sud garde la main. Pour le président Laporte et ses bras droits, les dix prochains jours s’annoncent donc capitaux.Tout est encore possible, vous dites ? Certes. Mais le plus dur commence et, en cas d’échec, le mandat Laporte prendrait un tour bien sombre. Sutout s’il était bientôt desservi par un trou noir du XV de France...

 

Marc Duzan
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