Yannick Bru : « Hors de question de partir perdants »

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    Yannick Bru : « Hors de question de partir perdants »
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Entraîneur des avants du XV de France, Yannick Bru évoque la double confrontation à venir face aux All Blacks.

Les Néo-Zélandais ont des résultats légèrement inférieurs cette saison (8 victoires en 11 matchs) par opposition à l’année dernière. Cela se retrouve-t-il dans leurs productions ?

(il hésite longuement) Ils ont été touchés par des absences à des postes importants. Ils ont aussi eu la volonté de sonder leur réservoir en profondeur, en imposant beaucoup de rotations à leur équipe. Compte tenu de ces facteurs, je trouve qu’ils ont tout de même maintenu un niveau de compétitivité incroyable ! Ils ont énormément gagné depuis 2015. Je pense sincèrement que c’est la meilleure équipe all black que j’ai vue. Les résultats montrent qu’on assiste à la période de domination la plus élevée des Néo-Zélandais sur le rugby moderne. Cela pondère tout de même pas mal la question…

 

Pourtant, ils ont déjà perdu deux fois cet été. N’est-ce pas une source d’espoirs ?

Ils restent des hommes et ils ont besoin d’être challengés. Les All Blacks sont toujours redoutables, surtout quand ils sont challengés sur leur suprématie. Ça les met en alerte et ils deviennent alors quasi imbattables. Le reflet de ce propos, c’est le match face à l’Afrique du Sud, qui s’était déplacée cet été en Nouvelle-Zélande sur un pied d’égalité, pour le gain du Four nations. Les Springboks ont joué 30 minutes d’un rugby remarquable d’intensité, d’efficacité autour d’un plan de jeu très cadré. Ils sont pourtant rentrés chez eux avec 57-0. ça en dit long… Alors, oui, les All Blacks restent humains et dans l’accumulation de leurs records depuis deux ans, ils ont parfois besoin d’être piqués dans leur orgueil pour donner le meilleur. C’est ce qui ressort de leurs derniers matchs capitaux.

 

De ce propos, on peut légitiment craindre que leur défaite face à l’Australie, lors de leur dernier match officiel, soit une mauvaise nouvelle pour la France…

Bien sûr qu’on va l’analyser ainsi. On sera le premier match de leur tournée de fin d’année, ils sortent d’une défaite et on ne pourra tabler sur aucun relâchement. Nous sommes aussi très lucides sur le fait que, il y a un an, nous les avions rencontrés sur le dernier match de leur tournée. On s’attend à trouver en face de nous une autre fraîcheur, une autre intensité. Cela doit contribuer à notre motivation.

 

Comment les Australiens les ont-ils battus ?

Il faut reprendre le contexte de ce match : la Bledisloe Cup était déjà gagnée par les Néo-Zélandais ; ils ont joué ce match sous une pluie torrentielle et il y a eu beaucoup de fautes de mains. Les All Blacks n’étaient pas dans leurs standards de justesse technique. Est-ce qu’il faut s’appuyer sur ce match pour travailler ? Je ne sais pas. Je retiendrais que les Australiens leur ont imposé un combat immense, qu’ils ont été très forts sur les zones de rucks et qu’ils ont profité d’un buteur dans un grand jour. Il y a tout de même des choses qui vont nous inspirer, puisque les All Blacks se sont retrouvés en difficulté.

 

Ils donnent l’impression de ne pas courir après la possession de balle…

Une grande proportion de leurs essais est effectivement marquée entre un et trois de temps de jeu. Donc sur des possessions très courtes, sur lesquelles ils savent être efficaces très rapidement. Des interceptions, des turn-overs sur lesquels ils enclenchent leur action à un rythme très élevé. L’analyse de leurs derniers matchs confirme cette tendance et montre qu’elle s’est même renforcée depuis un an. Un de nos enjeux sera d’être très précis défensivement, pour les emmener sur des séquences longues. On ne pourra pas se permettre de prendre d’essai à moins de cinq temps de jeu.

 

Leur suprématie est souvent expliquée par la qualité technique de leur cinq de devant. Vrai ?

Depuis plusieurs années, tout le monde a constaté que, offensivement, la différence entre les équipes moyennes et les grandes équipes se fait sur la contribution au jeu du cinq de devant. Sur ce critère, on peut vraiment classer les équipes en deux catégories. C’est une tendance forte et les Néo-Zélandais restent effectivement la référence pour traduire ça.

 

C’est un tableau très anxiogène que vous décrivez…

C’est la réalité du défi qui nous attend mais il n’y a absolument pas de fatalisme. Nous avons beaucoup étudié leur jeu, il y aura des coups à jouer. Ce sera dur mais c’est aussi un superbe défi qui se présente à nous. Ce challenge doit nous exciter et nous permettre de nous sublimer. Nous avons confiance en nos hommes. Hors de question de partir perdants.

Léo Faure
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