La longue marche

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Qu’espérions-nous aussi ? Voir l’équipe de France renverser des montagnes, quelques mois seulement après avoir été électrocutée en Afrique du Sud ?

Pensait-on raisonnablement que tout allait revenir, comme ça, d’un trait de génie, au prétexte singulier que l’automne nous sied mieux au teint que le printemps ? Les Français en sont toujours à penser que, comme jadis et naguère, notre équipe nationale est toujours susceptible d’un sursaut d’orgueil après une déconvenue. Naïfs que nous sommes ! Notre équipe de France est en deuxième division de ce jeu et ce ne sont pas les trente minutes volontaires, acharnées, mais dépourvues de fil conducteur du début de la deuxième période, qui changent grand-chose à ce constat amer. « D’autant, me suggère Jean-Pierre Rives, que nous n’étions pas opposés à de grands All Blacks. »

Au vrai, on paie la dette de trente années de laisser-aller, de laisser-faire, d’absence de politique fédérale et le résultat est d’une logique implacable. C’est le contraire, entre nous, qui serait surprenant. Or, au point où nous en sommes, mettez qui vous voulez à la tête de cette équipe de moyenne configuration, cela ne changera rien. Sauf le respect que l’on doit aux hommes qui le composent, notre XV de France est, à quelques rares exceptions près, dépourvu de talent. Et quand le potentiel physique est au rendez-vous, ce sont les hormones qui manquent. Notre pack, samedi, fut affligeant d’inconsistance. Mais comment s’en étonner quand la grande majorité de nos clubs sont constellés de joueurs étrangers ? On l’a dit, je sais. On l’a redit jusqu’à l’overdose. On enfonce néanmoins le clou avec une persévérance Bécassine.

C’est que tout tend à démontrer, à commencer par le match des Barbarians vendredi soir, jusqu’à la formidable prestation d’Antoine Dupont le lendemain, que rien ne paie, rien n’égale l’extrême jeunesse à l’heure de faire bouger les lignes, de créer, de sortir des canons apeurés traditionnels. Mais où sont-ils nos jeunes désormais ? Ils sont une poignée, quand on en voudrait des dizaines. « C’était un art, me souffle toujours JPR, écornant ainsi tous les techniciens de la chose, ils en ont fait une science. Ils ne se rendent pas compte que le seul vrai moteur, à ce jeu, c’est l’émotion et la liberté. » Comme en art, justement.

Reste qu’il faudra des années au XV de France pour retrouver un standing digne de son passé, pour peu que les clubs acceptent enfin de changer leur fusil d’épaule, que la FFR et la Ligue imposent des codes, des règles et que nul n’y déroge. « Une culture ne meurt que de sa propre faiblesse », arguait André Malraux. On aimerait assez que dirigeants et techniciens de ce jeu s’en imprègnent.

Alors, quoi ! « La semaine de tous les dangers » ? Vous voulez rire ou quoi ? Le danger cela fait trente ans qu’on le côtoie, qu’on s’en moque avec un cynisme inégalable, qu’on feint, au mieux, de ne pas le voir. On peut — et je l’espère de tout cœur — gagner la bataille du Mondial 2023 et même battre l’Afrique du Sud, samedi. Cela ne modifiera rien sur le fond. C’est à une politique de longue haleine que doivent s’arc-bouter les responsables du rugby français. C’est à une longue marche qu’ils sont tenus de se confronter. Sans quoi, demain, sera pire qu’aujourd’hui.

Jacques Verdier
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