Guy Novès: «Les plus expérimentés, je ne vais pas les louper »

Guy Novès - Sélectionneur du XV de France Après une nuit de sommeil, l’homme fort des Bleus est revenu sur la défaite de ses hommes face aux All Blacks. Moins vindicatif mais un constat qu’il ne digère pas : la première période des Bleus fut indigne.

Après une nuit de sommeil, votre constat a-t-il évolué par rapport au soir du match ?

Sur l’essentiel, non. La première mi-temps est faible. Trop faible. Dans l’engagement, les relations techniques, les attitudes, on est clairement hors-sujet. La remise en question à la pause est certes belle et les comportements sont très différents en deuxième période. Mais le constat ne peut pas s’arrêter là. Notre première partie de match est trop pauvre. Toutes nos réponses à ce qu’ont proposé les All Blacks sont faibles.

N’avez-vous pas assez insisté sur le combat dans l’avant-match ?

Quand Guilhem Guirado lâche la ligne pour monter en pointe sur Barrett et ouvre la porte à Dane Coles (premier essai), ce n’est pas un jeune joueur…

Ou quand Louis Picamoles est pris bêtement hors-jeu, du haut de ses 70 sélections ou presque… Dans ces cas, ce n’est pas un problème d’agressivité. Au contraire. C’est un excès qui amène un manque de discernement. Le résultat est le même et la résultante identique : c’est trop faible. Et l’ensemble de notre première période est trop faible.

Allez-vous modifier votre approche pour le prochain match ?

Bien sûr mais les choses seront aussi différentes. Parce que nous aurons un passif ensemble. Jusque-là, je ne connaissais pas une partie de ces garçons. J’ai pris le temps de les observer, d’essayer de comprendre leur personnalité et leur fonctionnement. On va pouvoir désormais avancer avec eux, en fonction de ce que j’ai pu observer et de leurs réactions. Mes retours seront aussi adaptés à chacun, en fonction des expériences. Chaque garçon est différent et réclame un management qui lui est propre. Celui de Guilhem Guirado ne ressemblera pas à celui d’un jeune. Le tir sera différent. Allez-vous procéder à des entretiens individuels ?

Je ne vais pas avoir le temps de grand chose, cette semaine. Je pars à Lyon demain (lundi, N.D.L.R.), je reviendrai mercredi. En gros, on va préparer chaque match en un jour. ça ne laisse pas beaucoup de temps pour passer dans les chambres…

Votre équipe manque-t-elle de joueurs cadres ?

Ce n’est pas tant qu’il en manque. C’est surtout qu’ils ne remplissent pas toujours leur rôle. Et ce n’est pas qu’un problème de leadership. Prenez Jefferson Poirot : ce n’est plus un nouveau. On l’a fait débuter avec nous dans le premier Tournoi des 6 Nations. Au pays de Galles, il perd un ballon à l’impact. Contre attaque. Essai des Gallois. Et on perd le match là-dessus. Samedi, sur son premier ballon, il le perd au contact et on se fait encore contrer. ça, je ne peux plus l’accepter. C’est un garçon intelligent et qui travaille. J’ai du mal à accepter qu’il n’ait pas gommé ces erreurs. Comme j’ai du mal à comprendre que Louis Picamoles se fasse prendre hors-jeu, alors que cette discipline faisait partie de nos axes de travail de la semaine. Mon debriefing sera adapté au profil des joueurs. Les jeunes, je veux les préserver. Les joueurs plus expérimentés, je ne vais pas les louper. 

J’ai essayé de mettre en confiance mon équipe. Nous avions fait le choix de préparer ce test-match avec de très jeunes joueurs. L’idée de ma semaine, c‘était donc de les mettre en valeur, de m’appuyer sur leur fraîcheur et leur enthousiasme. Surtout, de les rassurer. L’engagement physique, je le pensais induit. C’était visiblement une erreur.