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Compétitions

Les dessous d’un retournement !

Depuis l’annonce de la recommandation de world rugby pour l’Afrique du Sud, les chances françaises semblaient infimes... En coulisses, la cause était entendue.

La France s’est lancée la dernière dans la course à l’organisation du Mondial 2023, bien après l’Afrique du Sud et surtout bien après l’Irlande, qui a aujourd’hui la drôle de sensation d’avoir servi de lièvre à World Rugby pour faire monter les enchères… Depuis mercredi, les 6 à 7 millions d’euros dépensés en vain par la fédération au trèfle ont un goût amer. C’est pourtant une réalité qu’ils devront digérer d’ici à la prochaine réunion du comité des 6 Nations (le 22 novembre) qui s’annonce brûlante : la France a gagné le droit d’accueillir le Monde en septembre-octobre 2023. C’est un cadeau de Bernard Laporte et Claude Atcher, qui ont fait valser l’appel au vote pour l’Afrique du Sud, signé World Rugby. En quinze jours, après huit mois passés à courir le monde pour convaincre de la solidité du projet français, ce tandem a tout renversé en coulisses pour gagner l’élection. C’est un travail de lobby, qui a assuré 18 voix à la France au premier tour (contre 13 pour l’Afrique du Sud et 8 pour l’Irlande), et 24 au second (15 pour l’Afrique du Sud). Si les votes restent secrets, des tendances fortes se dessinent : pour gagner le projet français a d’abord rassemblé ses alliés « historiques » avant de trouver des soutiens chez les Anglo-Saxons mais également dans l’hémisphère Sud. Si 27 voix étaient possibles, certains ont fait faux bond et d’autres ont panaché. La France termine donc à 24.

Le poids des « historiques »

Pour l’emporter face au double front anglo-saxon et sudiste, Claude Atcher ont d’abord ravivé les réseauxhistoriques du rugby français, autour de l’ancienne Fira devenue Rugby Europe. Une base solide avec la Roumanie du président Ali Petrache (1 voix) croisé par Laporte lors du dernier Tournoi des 6 Nations et qui assura très vite la France de son soutien. Même chose pour la Géorgie (1 voix) qui n’avait aucune raison de voter pour l’Afrique du Sud. Même chose pour l’Europe (2 voix) dont le Board s’est réuni début novembre et qui aurait voté en très grande majorité pour accorder ses voix à la France. Il faut croire que la présentation du dossier français devant l’Assemblée générale de Rugby Europe, le 30 juin au Luxembourg, a marqué les esprits. En suivant, la France a également trouvé le moyen de « sécuriser » le soutien de l’Italie (3 voix). Après avoir longtemps hésité entre la France et l’Irlande, le Board de la fédération transalpine a basculé dans le camp français. Un premier basculement devenu possible quand Atcher et Laporte ont renoué le fil avec le président, Alfredo Gavazzi. Les cousins ont fait cause commune et les sélections s’affronteront en match de préparation au Mondial 2019 (31 août, à Nice ou Marseille). Si la France devrait conserver l’ensemble de la billetterie, l’Italie commercialisera les droits tv sur le territoire italien comme il est de coutume dans les matchs internationaux. L’Italie, enfin, n’a pas oublié combien le Mondial lui avait servi de tremplin et elle entend tirer des bénéfices indirects de l’édition 2023 en draguant des annonceurs français. Le Japon (2 voix), lui, a aussi tenu ses engagements.

Les Anglo-Saxons basculent

C’était une des clés pour accéder au deuxième tour : l’Ecosse (3 voix) devrait elle aussi avoir basculé dans le camp français, elle qui a déjà investi au sein du club de Nice. La SRU n’a jamais caché qu’elle voterait pour le meilleur dossier, principalement sur des critères économiques ; une manière de dire non à la recommandation de World Rugby et à Bill Beaumont. Là encore, un accord pourrait avoir été trouvé pour l’organisation de matchs de préparation au Mondial 2019, en mode aller-retour (chacun gardera ses recettes et ses droits télévisuels). Ce ne sera pas le cas l’Angleterre (3 voix) qui a déjà bouclé son programme d’avant Coupe du monde. Pour autant, après avoir voté Irlande au premier tour, la RFU aurait soutenu la France, au nom de la solidité du projet et de la coalition nordiste… Malgré Bill Beaumont, le Board de la fédération anglaise s’est positionné mardi après un audit des trois dossiers…

Les « petites » fédérations au soutien

Si l’Afrique (2 voix) a longtemps annoncé par la voix de son président, Aziz Bougja, un vote en faveur de l’Afrique du Sud, elle a voté pour la France. Son comité exécutif s’est prononcé dimanche soir après avoir auditionné dans la journée les différents candidats. Selon des dirigeants présents lors de ce vote, ce fut extrêmement serré avec l’Afrique du Sud… Mais le soutien français pour aider à la formation des joueurs, entraîneurs et arbitres fut un élément déterminant : c’est là encore le poids des relations historiques… Même chose pour l’Asie (2 voix) qui s’est prononcé après un vote électronique de ses fédérations membres début novembre. Laporte et Atcher, lors de leurs voyages à Singapour en avril (12 nations rencontrées) et Oulan-Bator en mai (Mongolie, 25 fédérations présentes) ont fait le plein de voix… Reste l’Océanie (2 voix) qui semblait elle aussi au soutien mais qui pourrait avoir choisi de ne pas « lâcher » l’Afrique du Sud au dernier moment.

L’amérique du Sud au premier, le nord au second

Si Agustin Pichot avait accordé les voix de l’Argentine à l’Afrique du Sud, celui qui est annoncé comme candidat à l’élection au poste de président de World Rugby en novembre 2019 a mesuré le poids du bloc « France » et compris qu’il ne pourrait pas s’en passer. L’affaire s’est bouclée dimanche au Royal Garden Hotel : l’Amérique du Sud (2 voix) s’estrangée derrière la France dès le premier tour lui assurant un précieux soutien et une victoire annoncée au second, quand les USA, le Canada(1 voix chacun) et l’Amérique du Nord (2 voix) ont rejoint la cause de France 2023. Voilà les clés d’un succès construit par Bernard Laporte et Claude Atcher.

Emmanuel Massicard
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