Six ans pour bien faire

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    Six ans pour bien faire
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L’obtention du Mondial 2023 par la France est une bénédiction pour notre rugby comme on n’a pas idée.

C’est que, sous les sourires de façade, les homélies cauteleuses sur « le plus beau championnat du monde », le comportement abracadabrantesque du XV de France, la maison brûle ! La chute des licenciés, la baisse considérable des spectateurs et des téléspectateurs (les chiffres seraient alarmants), le poids de la violence physique sur les esprits, les piètres résultats de l’équipe de France, les réticences des partenaires, et les guerres de Sécession FFR-Ligue, sont autant de poisons qui menacent durablement notre pratique sportive et contre lesquels il faut réagir au plus vite.

En vingt-ans, le déconomètre du rugby français a atteint des sommets. Faut-il, d’ailleurs, que ce sport soit solidement enraciné, pour que les dégâts enregistrés à ce jour ne soient pas plus conséquents. « C’est bien simple, me disait Laurent Labit, jeudi dernier, à l’occasion des « 10 ans du Moscato show », nous sommes le seul pays à avoir inversé la pyramide : les clubs sont tout en haut, le XV de France tout en bas. » Avec les priorités, les aberrations et les résultats que l’on voit.

Or, ne rêvons pas - et le comportement d’un XV de France dépourvu de talent, de caractère et de personnalité, nous le confirme assez - les choses ne vont pas changer d’un coup de sifflet strident. Il faudra des années pour rebâtir une équipe de France forte, victorieuse, emblématique, à laquelle nous aurons tous envie de nous identifier. C’est un enjeu colossal. Absolument impératif pour la survie de ce jeu. Mais éminemment difficile. Et sauf miracle de dernière heure, 2019, à l’échelle de cette reconstruction, semble bien trop proche. C’est 2023 qu’il faut sans doute viser, pour peu que d’ici là, l’intimation d’Aurélien Rougerie au micro des Barbarians, l’autre semaine, à Bordeaux, et à laquelle on souscrit entièrement, se concrétise, « Faites jouer les jeunes joueurs ! »

C’est d’eux, il faut y croire, que viendra le salut. Parce que je désespère, je l’avoue, d’une génération de joueurs athlétiques, bien faits de leur personne, appliqués, probablement très sympathiques, mais qui donnent, pour certains d’entre eux, l’impression de s’être trompés de sport. Où sont les guerriers ? Les vrais allumés? Les porteurs d’un supplément d’âme à même de fédérer les énergies derrière eux ? Tout se passe, aujourd’hui, comme si l’époque affadissait tout.

Six ans pour sortir de la mouise, ce n’est pas de trop. C’est le laps de temps supportable pour que la FFR et la Ligue s’accordent sur de grands principes et que soit enfin dessiné le projet gagnant-gagnant qui aurait dû voir le jour en 1997 et qui fut, jusque-là, repoussé aux calendes, par indifférence, rouerie, pétoche, personnalisation des projets, incapacité à émettre la moindre idée novatrice. Nous avons pourtant tous (Fédé, Ligue, médias, partenaires) partie liée. Si un front commun se dessine, la France du rugby, tenue par cette échéance bienfaitrice, redeviendra ce qu’elle aurait toujours dû être. C’est affaire de perspicacité, de bonne volonté, de courage intellectuel. Dans le cas contraire, la grande mascarade continuera, jusqu’à la probable agonie.

 

Jacques Verdier
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