Les démons de minuit

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    Les démons de minuit
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Récit - Plaisanteries déplacées, circonspection du staff, discours massue du président, fantasmes de démission ou encore virées nocturnes de certains... plongée au cœur de la nuit de samedi à dimanche.

C’était vingt minutes après le coup de sifflet final. « Les joueurs étaient sous la douche et une partie d’entre eux plaisantaient. Ils étaient déjà passés à autre chose. » L’anecdote nous est racontée, quelques heures plus tard, au cœur d’une nuit en enfer, par un membre de l’encadrement des Bleus. Elle dénote franchement avec les mines déconfites du sélectionneur Guy Novès et du capitaine Guilhem Guirado lorsqu’au même moment, ils se présentaient en salle de presse, marqués physiquement et même carrément abattus. Si le désarroi de l’ancien manager toulousain se laisse comprendre par l’extrême fragilité de sa situation devenue intenable, il faut croire que tous ces Bleus n’ont pas le même sens de l’honneur que le talonneur toulonnais. « Non mais il faudrait que vous soyez des petites souris à Marcoussis parfois, reprend ce même membre du staff. Vous seriez étonnés de certaines attitudes. Je ne comprends pas cette génération et j’ai l’impression qu’à part le salaire et les contrats publicitaires, rien ne l’atteint. Si t’es dur avec eux, ça leur glisse dessus. Si t’es gentil, ils te bouffent par-derrière. » Et un de ses collègues de passer après lui et nous confier, dans un sourire : « Soyez indulgents avec parce que ce n’est pas fini et on va encore ramasser. » Voilà qui en dit long sur l’état des troupes en haut lieu. Déconcertés les mecs ? C’est un minimum syndical lorsque vous vous ridiculisez devant votre public et face à la onzième nation mondiale… Pas toujours assez pour tous les embarquer dans le même bateau. Quand les honteux du soir ont regagné vers une heure du matin leur hôtel Pullman, au pied de la Tour Eiffel, ils étaient attendus par leur famille pour réconforter un moral en berne. Avaient-ils enfin pris conscience de la réalité nouvelle du rugby français ? La plupart semblaient cette fois accablés.

Atmosphère trop lourde

Ce n’est pas le discours du président Bernard Laporte, dans le salon Trocadéro du dixième étage, qui allait rassurer les joueurs tel que nous l’a rapporté un témoin de la scène. En somme, voilà le message : « La moitié d’entre vous peuvent se considérer chanceux car, pour certains, vous n’auriez jamais dû évoluer au niveau international. » Un coup de massue qui a envoyé une grande partie du groupe directement au lit. D’autres ont ressenti le besoin d’évacuer la charge. Le Racingman Camille Chat errait ainsi comme une âme en peine dans le hall de l’établissement, alors que ses coéquipiers Sébastien Taofifenua et Sekou Macalou revenaient tardivement du contrôle antidopage. Quelques-uns de leurs coéquipiers, qui traversaient les lieux au compte-gouttes, préféraient alors faire venir des Uber pour aller décompresser en ville. Y a-t-il seulement eu une vive remise en question personnelle ou collective dans les coulisses parisiennes ? De la part des joueurs mais aussi des acteurs de ce staff ? Le ressort est-il cassé ? Autant de questions qui restaient en suspens lorsque, vers 3 h 30 du matin, les derniers responsables de la Fédération quittaient l’endroit. L’atmosphère était lourde, très lourde. Trop lourde pour se laisser aller à des décisions à chaud. De qui que ce soit. La démission de Novès, fantasmée dans les couloirs de la U-Arena, n’a jamais été évoquée. Des éventuelles évictions remises à plus tard. Mais une chose est sûre : abus d’alcool ou pas, le réveil a été douloureux dimanche matin.

Jérémy Fadat
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