Yannick Nyanga : « J’essaie d’être un homme de bonne compagnie… »

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    Yannick Nyanga : « J’essaie d’être un homme de bonne compagnie… »
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Les Bleus, la formation, le dopage... Yannick Nyanga, joueur du Racing 92 et ancien international du XV de France fait le point sur l'actualité rugbystique.

Sur le XV de France : 

"Les joueurs étrangers nous prennent pour des fous. Ils ne comprennent pas. Quand je parle avec Joe Rokocoko ou avec Dan Carter, ils sont stupéfaits par notre mode de gouvernance. Depuis vingt ans le XV de France se casse la gueule, mais aucune politique véritable n’a été mise en place pour le sauver. Sans parler de la compétence des hommes, comment a-t-on pu privilégier des sélectionneurs qui n’avaient rien à voir les uns avec les autres. En quoi Skrela et Villepreux ressemblaient-ils à Berbizier ? En quoi Laporte pouvait-il porter le message de Skrela ? Lièvremont celui de Laporte ? Et ainsi de suite jusqu’à Saint-André et aujourd’hui Novès."

Sur l'éviction de Guy Novès : 

"Les compétences de Guy ne sont pas à mettre en doute, mais était-il l’homme idoine ? C’est autre chose. De toute façon je crois que l’on accorde trop d’importance au sélectionneur. Là encore, le fait de côtoyer des joueurs étrangers a enrichi mon point de vue. En Nouvelle-Zélande, l’entraîneur est un membre du groupe comme un autre. Absolument pas cette espèce d’icône que l’on voudrait voir en France. Et ça change tout. On passe alors d’un management pyramidal, à mon sens désuet aujourd’hui, à un management horizontal, si je puis m’exprimer ainsi, qui veut que chacun ait son mot à dire et participe, par la réflexion, à la réussite commune. En France, les entraîneurs décident et les joueurs obéissent. Mais ça ne peut plus marcher."

Sur la formation : 

"On a des joueurs talentueux et beaucoup plus qu’on ne croit. Simplement, on ne cherche pas à les faire progresser, à les entourer. Les cas de Serin et de Dupont sont symboliques comme l’était celui de Michalak il y a quinze ans. Voilà des joueurs hyper doués, que l’on sacrifie au premier match raté et que l’on installe dans le doute. Quelle carrière aurait eu Fred s’il avait été aidé comme il aurait dû l’être. Les pays étrangers ne réagissent pas comme nous. Ils forment leurs joueurs tactiquement, techniquement, mais aussi psychologiquement. L’aspect mental dans la performance est capital et c’est un vrai métier que d’accompagner un joueur. En France, faute de temps sans doute, on délaisse ça.

La formation des petits clubs reste bonne. J’ai été formé à Agde, Camille Lopez à Mauléon par exemple et ces petites villes continuent de sortir de bons joueurs. Le drame, ce fut la prédominance laissée au physique. Comme si le fait de peser 4 kg de plus allait changer la donne. On est un sport de balle, où le mouvement, l’habilité, la vitesse, comptent autant que la seule puissance. Mais voilà, on a nos obsessions."

Concernant le dopage : 

"Je prenais depuis des années une plante en forme de complément alimentaire, qui n’avait rien d’un produit de synthèse. J’avais été contrôlé dix fois sans problème. Jusqu’au jour où l’on m’a signifié que le produit était interdit. Juridiquement, cela ne tenait pas debout. Mais le soupçon était là et c’est une glue dont on ne se défait pas facilement.

Le danger est inhérent à l’argent qui circule, au rythme de fou qu’on nous impose. Que veut-on ? Des joueurs qui jouent onze mois sur douze, dont on exige le maximum ? Et l’on ne voudrait pas que la tentation du dopage existe ? C’est comme le Tour. Quand tu demandes à des gars de monter cinq cols par jour, il ne faut quand même pas s’attendre à ce qu’ils marchent toujours à l’eau claire. C’est le système le responsable. Je suis pour un passeport biologique, mais il faut que les choses soient cohérentes."

Sur sa vie hors rugby : 

"Je m'intéresse à toutes les techniques, les sciences qui nous permettent de nous améliorer. Mon but et ce n’est absolument pas prétentieux, c’est d’être le meilleur possible. Le meilleur joueur, le meilleur père, le meilleur homme. Et pouvoir transmettre mes maigres connaissances… Je lis actuellement un livre de Jane Nelsen, « la discipline positive », qui me passionne. Quant au reste, je crois à une forme de destinée. Les choses arrivent pour une raison précise. À nous de les décrypter."

L'intégralité de l'interview est à retrouver dans votre journal du lundi 25 décembre 

 

 

Jacques Verdier
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