Northampton : Les vraies raisons du départ de mallinder

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    Northampton : Les vraies raisons du départ de mallinder
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Après dix ans de présence à Northampton, Jim Mallinder a été limogé. Coup de projecteur sur une décision déchirante pour son président, Keith Barwell.

Le limogeage de Jim Mallinder, entraîneur de Northampton depuis dix ans, a marqué l’actualité du rugby anglais. C’est vrai, les Saints vivent une série noire avec neuf défaites de rang (championnat plus coupe d’Europe) et se retrouvent dixièmes, seulement protégés par la médiocrité des London Irish et de Worcester. Peu d’entraîneurs auraient pu survivre à ça. Mais Mallinder, surnommé gentleman Jim, était toujours populaire auprès du public. Cet ancien arrière, international furtif, était l’entraîneur le plus ancien en poste du championnat anglais et il restera pour l’éternité celui qui a offert leur premier titre de champion aux Saints en 2014 après les avoir ramenés en première division en 2008. Il a aussi brandi la Coupe anglo-galloise (2010) et le Challenge Européen (2009) et joué une finale européenne (2011).

Northampton fait partie des vraies places fortes du rugby anglais, l’une des rares villes où le ballon ovale est plus fort et plus populaire que le ballon rond. Les Saints sont capables d’attirer 15000 spectateurs de moyenne et se sont flattés d’avoir connu seize exercices de rang en excédent financier.

En fait, Keith Barwell, le principal actionnaire de Northampton et artisan de la venue de Mallinder en 2007 a pris le taureau par les cornes sans plaisir. Cet homme d’affaires puissant et généreux s’est senti obligé de réagir quand les Ospreys ont mené 43 à 8 à l’heure de jeu à Franklin’s Garden et que des spectateurs, écœurés, ont quitté le stade (score final 43à 32 quand même) : « Je sais que Jim Mallinder a gagné plus de trophées que les autres entraîneurs que nous avons eus, il a fait mieux que Ian McGeechan et que Wayne Smith. Mais j’ai dû trancher et croyez-moi, ce ne fut pas facile. J’avais de l’affection pour lui. Mon épouse a pleuré et moi-même j’ai versé une larme. » a t-il confié à Rugby Paper. Barwell avait compris qu’il y avait quelque chose qui ne tournait plus rond depuis quelques mois, voire depuis quelques années. Alors il a consulté quelques « poids lourds » de l’effectif tels les internationaux Dylan Hartley ou Tom Wood pour les informer de ses intentions à contre-coeur. Mais il aurait observé que Mallinder n’avait pas perdu le soutien du vestiaire pour autant. Le mal était ailleurs.

Un staff non renouvelé 

La chute de Mallinder, c’est l’histoire d’une sclérose en marche, un lent repli sur lui-même ou plutôt sur son clan. Les suiveurs du club en avaient pointé les stigmates à partir en gros de 2015-2016. Une anecdote a circulé parmi les proches des Saints, quand le deuxième ligne sud-africain Victor Matfield (127 capes et un titre mondial) vint les rejoindre en 2015, il voulut apporter son savoir-faire en touche en proposant diverses solutions et diverses variantes. Il lui aurait été répondu : « écoute, fais ton boulot sur les mauls et sur les rucks et tiens t’en à ça. » Matfield n’aurait pas apprécié la saillie et aurait confié : « Il y a quelque chose de pourri dans ce club. » Le constat qu’a fait Keith Barwell, c’est que son entraîneur vedette était finalement victime… de sa garde rapprochée. Il est resté sourd à plusieurs suggestions de renouveler son staff. Il se serait entouré d’adjoints systématiquement d’accord avec lui qui ne le stimulaient plus. Et ceux qui faisaient preuve d’une vraie personnalité comme Alex King (ex-Clermont) se sont cassé les dents. C’est ça qui expliquerait son départ en 2016 et son retour en France à Montpellier.

C’est ce repli sur une mini-forteresse qui expliquerait le fléchissement du club qui date de 2015 selon ses exégètes et plus précisément un 37-5 encaissé à Clermont en quart de finale européen, un résultat vu comme une vraie démission. On a ainsi beaucoup reproché à Mallinder son attachement à Dorian West (ex-talonneur international), son adjoint historique. Les deux hommes sont arrivés ensemble à Northampton en 2008. Plusieurs fois, le Board lui a suggéré de changer d’adjoint, mais il n’a jamais voulu abandonner son binôme.

Des fans qui désertent le stade 

Il n’avait non plus échappé à personne que le discours public de Mallinder devenait de plus en plus lénifiant et stéréotypé. Il en faisait trop dans la langue de bois. Keith Barwell le lui a fait remarquer : « Je lui ai pourtant dit de tenir un discours plus positif devant la presse… » En vrai décideur, Barwell savait qu’il devrait appuyer sur le bouton tôt ou tard. Il l’a fait après la promenade des Ospreys sur son propre sol et surtout quand il a constaté que le stade était à moitié vide.

Lennie Newman, ancien manager et joueur du club devenu commentateur pour une radio locale a résumé la situation : « Dans une ville folle de rugby, les gens votent avec leur siège ou avec leurs pieds. Officiellement, il n’y avait que 8 000 spectateurs contre les Ospreys, mais à vue de nez, j’estime qu’il n’y en avait que 7 000 car beaucoup d’abonnés étaient restés chez eux, bien au chaud sur leur canapé. » Le club est considéré comme sain financièrement mais il a enregistré des pertes la saison passée. Keith Barwell n’avait plus envie d’aller contre l’avis manifeste de ses supporteurs : « Qu’est ce que vous voulez ? Nous avons des abonnements à vendre pour la saison prochaine. Chez nous les fans sont très impliqués. Je ne peux pas leur donner l’impression que nous ne les écoutons pas. Ce serait nous mettre en péril que de faire ça. Avec neuf défaites, ne rien faire n’était plus une option. Jim nous a dit que si nous avions battu Worcester et Newcastle, nous serions dans le Top 4. Mais nous les avons bien perdus. »

Jérôme Prévot
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