L'heure des sauveurs?

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    L'heure des sauveurs?
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Les images de la perquision du mardi 23 janvier sont impossibles à effacer. Pas plus que l’onde de choc qu’a provoquée, sur le petit peuple du rugby français, la mise à sac des bureaux du CNR par les dix-sept agents de la BRDE (Brigade de répression de la délinquance économique). Le malaise est là, palpable, pregnant et comme enraciné dans les entrailles du vaisseau amiral du rugby français.

Il y résidera des semaines, des mois, le temps au moins que l’enquête du parquet financier ne blanchisse ou n’inculpe les personnalités aujourd’hui placées dans le viseur de la justice. Et c’est donc au milieu d’un tel marasme que le XV de France prépare actuellement son premier match du Tournoi 2018 face à l’Irlande. Pas l’idéal, hein... De ce qu’assurent les joueurs, au moins face caméra, ils n’ont pourtant pas été le moins du monde perturbés par les récents évènements ayant secoué l’Essonne et, par ricochets, l’ovale hexagonal. Peut-on vraiment les croire ? Poser la question revient en fait à y répondre et, au moment d’écrire la première page du mandat Brunel, les coéquipiers de Guilhem Guirado portent une très lourde responsabilité, celle de donner une toute autre allure à un sport largement encrassé ces six derniers mois et frappé, en vrac, par une nette baisse des licenciés, des affluences en berne, la multiplication des affaires et les résultats médiocres d’une équipe nationale en difficultés, pour ne pas dire en totale déshérance...

Dans le contexte actuel, une victoire contre l’Irlande serait, à n’en pas douter, une vraie bouffée d’oxygène: un succès des Bleus et la France du rugby retrouverait un peu le sourire, digèrerait partiellement le choc des «perquises » et accorderait un crédit nouveau à une équipe qui n’en finit plus de dégringoler depuis six ans; une victoire et les Bleus se positionneraient sinon en épouvantails, au moins en outsiders du Tournoi des 6 Nations, un statut qu’ils n’ont plus connu depuis des lunes. Est-ce au moins possible ? Après avoir brisé les maigres repères que la bleusaille semblait avoir sous Guy Novès, il a fallu se résoudre à tout reconstruire en deux semaines quand l’Irlande de Joe Schmidt joue de la même façon, et avec les mêmes hommes, depuis près de cinq ans. à l’heure où s’approchent les Diables Verts, troisièmes du classement World Rugby, le XV de France en est donc à prier pour un exploit, oubliant bravement qu’il n’y a même pas dix ans, l’Irlande perdait ses moyens -et ses matchs, accessoirement- dès lors que s’approchait le spectre tricolore.

Pas à rougir...

Qu’on le veuille ou non, la mission offerte à Jacques Brunel et ses 32conscrits est probablement la plus importante depuis la finale de Coupe du monde disputée par le XV de France en 2011. à bord, Jean-Baptiste Elissalde et Sébastien Bruno n’ont pas la moindre expérience internationale (du moins pas en tant que coachs), quand Julien Bonnaire n’a pas la moindre expérience, tout court. On ose croire, pourtant, qu’avec un jeu simple articulé autour d’un pack historiquement dominateur, d’une défense combative et de quelques individualités au-dessus du lot, cette équipe de France aura les moyens de faire tomber l’Irlande à Saint-Denis. De fait, les Jalibert, Macalou, Lamerat, Vakatawa, Poirot, Gourdon ou Slimani n’ont à priori pas de complexe à faire et, dans la mesure où une agressivité démesurée leur permette de ralentir les libérations adverses, l’espoir reste de mise. Car il faut gagner samedi, jeunes gens. Il faut gagner et en attendant que Nigel Owens ne siffle la fin de ce match de «la muerte», accrochez-vous sans compter au soutien inconditionnel de millions de rugbyphiles portés par un seul et même désir: que le ballon redevienne enfin le centre de leur petit monde.

Marc Duzan
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