« Les Anglo-Saxons sont dans la règle »

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    « Les Anglo-Saxons sont dans la règle »
Publié le , mis à jour

Fabrice Landreau - Entraîneur de Toulon

Depuis le début de la saison et notamment sur les dernières journées de Coupe d’Europe, les matchs des équipes anglo-saxonnes ont montré une façon bien particulière de défendre les ballons portés, celle d’un joueur de se laisser happer par le maul pour accéder au porteur et empêcher la sortie du ballon…

Tout à fait. Cela illustre parfaitement leur exacte connaissance et utilisation de la règle, qui stipule l’existence de « points d’entrée » situés dans l’axe du maul. Cela signifie que l’on peut entrer dans le maul par l’axe, et non sur les côtés comme nous avons l’habitude de le faire en France. Seulement, une fois que l’on est entré par l’axe, on peut tout à fait profiter de la rotation du maul pour s’approcher du porteur et ainsi le coffrer. Cette règle n’est pas vraiment appliquée en France, et nous avons été pris au piège en Coupe d’Europe. Je m’en suis plains auprès de Joël Jutge, qui est en charge de l’arbitrage à l’EPCR, qui a clarifié les choses.

Tout n’est qu’une question de règle ?

Absolument. Les meilleurs dans ce domaine sont les Anglo-Saxons et les Italiens, qui évoluent aussi en Ligue celte. Ils sont beaucoup plus fins au niveau de la connaissance de la règle. Ils sont plus efficaces que nous en termes de règlement et d’arbitrage. Cela nous a procuré beaucoup de frustration car visuellement, en a l’impression que ces joueurs viennent pas le côté, mais en fait il n’en est rien: comme ils sont entrés dans le maul et plaçant leur tête dans l’axe, ils sont en phase avec la règle et peuvent profiter de la rotation.

Comment se prémunir de cette technique de défense surprenante ?

Déjà, il faut que les liaisons entre le porteur et ses soutiens soient très solides et serrées. Ensuite, il faut immédiatement éloigner le ballon de la zone de contact. C’est-à-dire que le joueur qui va venir arracher devra rester très très proche tout en essayant d’allonger le maul pour, idéalement, arriver à un maul dont la forme ressemble à une position de mêlée, qui permettra ensuite une poussée axiale. Seulement, on n’arbitre pas vraiment cela en France. Alors pour nous prémunir de cela, on a pris l’habitude de désaxer les mauls très rapidement : à peine créé, le maul est désaxé, et les adversaires viennent n’importe comment sur les côtés. Quand nous sommes arrivés en Coupe d’Europe, et notamment face à Bath ou Llanelli, on a fait face à des joueurs qui arrivaient carrément sur le porteur de balle. Mais c’était de notre faute, parce que nous avions pris cette mauvaise habitude de désaxer. Je me suis offusqué de cette situation et, après de nombreux échanges avec Joël Jutge, je me suis rendu compte que ces joueurs respectaient la règle. Le problème vient de nos mauvaises habitudes françaises ainsi que d’un manque flagrant d’information.

Que s’est-il passé ensuite ?

Nous avons retravaillé et sommes parvenus à faire de bons mauls contre ces équipes anglo-saxonnes, contre qui nous avons marqué. Pour être efficace, il faut donc arriver à une position de mêlée, et avancer de deux ou trois pas. Une fois que l’on a avancé, cela veut dire que l’on domine l’axe, et que l’on pousse les adversaires sur les côtés, et font d’eux des « swimmers », c’est-à-dire des joueurs qui « nagent » sur le côté du maul ce qui est pénalisable. Une fois cette poussée axiale effectuée, on peut songer à désaxer d’un côté ou d’un autre selon les circonstances et la réalimentation des joueurs.

Simon Valzer
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