Face au risque de l’indifférence

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    Face au risque de l’indifférence
Publié le / Mis à jour le

Imaginez où nous en serions si Jonathan Sexton avait raté son drop, samedi en fin de journée, dans les arrêts de jeu et la nuit dyonisienne. Sans doute à célébrer les mérites d’une équipe de France enfin victorieuse, sauvée par sa défense comme elle le fut par sa mêlée, en mars dernier, face aux Gallois.

Nous profiterions certainement de ce bol d’air apporté par un succès qui stoppe la descente aux enfers du XV de France, nous accrochant comme des diables à l’illusion d’un avenir dégagé après avoir réalisé un match de muerte ; sans ballon à exploiter, si peu d’animation et une maîtrise offensive proche du néant…

Et nous tirerions presque un feu d’artifice pour fêter ça, comme l’Italie, la Roumanie ou les Tonga ont un jour célébré un succès acquis de haute lutte aux dépens des Bleus. À l’époque, tout cela nous paraissait si futile, presque ridicule. Aujourd’hui, nous faisons moins les malins.

C’est pourtant la réalité d’un XV de France, dixième au classement mondial, qui considère comme un exploit le fait de battre l’Irlande à Paris, au bout d’un match aussi sombre qu’inabouti. On se contente de peu, heureux d’un rien…

La vérité ? Le XV de France est à sa place.

De Novès à Brunel, les changements de staff et de discours n’ont pas fait de miracles. Les élans de positivisme n’ont pas, non plus, gommé des lacunes toujours aussi criardes ballons en mains autant que dans la gestion du jeu. Non, pas de miracles… Car la confiance vantée par Jacques Brunel ne se décrète pas. Elle se mérite et se gagne, surtout, au gré des victoires qui forgent le destin des groupes quand le haut niveau est inévitablement synonyme de pression.

Il serait illusoire de croire que les Bleus ont eu raison pendant 79 minutes, promis au succès avant que Sexton ne soit touché par la grâce… Au vrai, Brunel et ses hommes ont eu raison 8 minutes, le temps de l’essai signé Thomas et transformé par Belleau. Une illusion qui ne masque pas la vérité, répétons-le : notre vitrine a perdu son éclat et le déclin pourrait s’accélérer en cas d’échec, dimanche prochain à Murrayfield contre l’écosse, avant que les Bleus reçoivent l’Italie en suivant, à la lutte pour la dernière place du Tournoi… Bref, le nouvel élan que devait impulser Jacques Brunel a du plomb dans l’aile et, dans son sillage, Bernard Laporte doit croiser les doigts pour que les Bleus s’en sortent, lui qui a grillé son joker en virant Novès.

Pour le rugby français, le danger est ailleurs et il nous paraît bien plus important. Alors que les défaites s’accumulent, l’indifférence guette comme jamais chez des supporters rebutés par les affaires et dépités par les contre-performances.

À tout dire, on ne verrait pas de choses pires que le désamour et le désintérêt pour une discipline qui s’est toujours targuée différente, humaine, et de fonctionner comme un accélérateur d’émotions, qu’elles soient positives ou négatives. Les Bleus ne doivent pas l’oublier, et fuir, demain, la banalité… Sexton n’a rien fait d’autre, samedi, pour faire gagner les siens.

Emmanuel Massicard
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