Le péril du désamour

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    Le péril du désamour
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Il faut reconnaître aux Bleus qu’ils ont bien assuré l’essentiel, à savoir la victoire.

Qu’importe le bonus offensif oublié ou la manière, pour le moins aléatoire. En ces temps de disette, tout le monde se contentera de peu. En attendant mieux, forcément. Il faudra de toute façon faire mieux, dans deux semaines face à cette Angleterre punie en Ecosse, vexée de la remise en cause de sa suprématie européenne qu’on pensait incontestable et intrinséquement meilleure que nos Bleus. Malgré la petite forme du XV de la Rose, il serait illusoire de penser le contraire.

Mais bien au-delà de la réussite sportive relative de ce week-end marseillais, une sensation émerge : le désamour du grand public pour ce XV de France semble lentement imprégner les esprits de chacun, du plus fervent supporter à l’observateur occasionnel des choses du rugby. Sur ce point, le péril est réel. Pour l’ensemble de ce sport.

La délocalisation n’a pas suffi

L’image qui marquera ce week-end provençal est donc celle-ci : Guilhem Guirado a soulevé un trophée. Qu’importe s’il ne s’agit que du Garibaldi, c’est déjà assez rare pour être apprécié. Mais le capitaine des Bleus a touché ce Graal du pauvre dans un stade vide, déserté par un public qui préférait visiblement s’éviter des bouchons, plutôt que de célébrer une victoire avec son équipe. Les supporters du XV de France ne s’étaient déjà pas déplacés en nombre suffisant pour blinder les tribunes de l’Orange Vélodrome. La tribune Jean-Bouin, vide sur sa moitié supérieure malgré la grosse dizaine de milliers d’invitations distribuées, illustrant ce propos, avait déjà interloqué. La réception de l’Italie n’est évidemment pas l’affiche la plus sexy du Tournoi des VI nations et, traditionnellement, elle laisse les travées du Stade de france franchement clairsemées. Mais la délocalisation à Marseille, créant un événement qui passe parfois inaperçu dans l’offre culture tentaculaire de la capitale, n’aura pas suffit à pimenter cette rencontre de fond de tableau européen. Sur ce point, il y a de quoi s’inquiéter.

Vite, une tête d’affiche

Ce constat vient surtout dans un contexte déjà pesant pour le rugby français. Dans un sondage Odoxa commandé par RTL et Groupama, et dont les résultats ont été publiés le 18 février dernier, la côte du rugby dans l’opionion publique apparaissait déjà en chute libre (moins 29 points en un an). Une photographie du désamour actuel qui peut s’expliquer par les affaires mutliples et extra-sportives frappant actuellement le rugby français. Surtout par les résultats médiocres du XV de France depus six ans au moins.

Autre problème, majeur dans le rugby français : aucun joueur n’exporte aujourd’hui son image au-delà de ses frontières. Dans le temps, il y eut Blanco. Plus récemment, Frédéric Michalak et Sébastien Chabal avaient également réussi à faire fructifier leur image loin des stades, dans les sphères du grand public. Teddy Thomas aurait pu être celui-là, bien avant ses éclats du début de Tournoi. Le joueur est spectaculaire, instinctif et éminement doué. Tout ce qu’il faut pour plaire. Plusieurs affaires extra-spotives ont plombé cette trajectoire. Et personne ne semble désormais incarner cette « star » que réclamait Bernard Laporte, à l’attention des partenaires, au lendemain de son élection à la présidence de la FFR. Lentement, le rugby sombre dans l’anonymat. Un danger réel.

Léo Faure
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