Le triomphe d’une décennie

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    Le triomphe d’une décennie
Publié le , mis à jour

Pour la première fois depuis dix ans, l’écosse a battu l’Angleterre après un match presque parfait. Trois essais brillants et une bataille homérique dans les mauls ont eu raison des Anglais rendus impuissants.

Nous avons senti les dix dernières minutes frire comme des œufs dans une poêle. À mesure que le chronomètre avançait et que les écossais conservaient leurs douze points d’avance et que les Anglais multipliaient les coups d’épée dans l’eau. Les 74 000 spectateurs multipliaient les départs du « Flower of Scotland », de tribune en tribune, les chants alimentèrent une énorme chorale en canon jusqu’à la délivrance et cette première victoire sur le puissant voisin depuis dix ans. Qui peut prédire quand un tel environnement se reproduira ? « En tant qu’entraîneur, ce fut ma plus belle victoire, avoue Gregor Townsend. En novembre, nous avons perdu de très peu contre les numéros un mondiaux (les All Blacks, N.D.L.R.), cette fois nous avons battu les numéros 2. C’est si excitant. Mais ce qui est le plus impressionnant, c’est d’avoir pensé le faire en jouant d’une certaine façon et d’avoir exactement appliqué ce plan. »
Le dernier moment de bravoure fut cette intervention de Jonny Gray à un mètre de sa ligne qui cloua un adversaire au sol pour obtenir une ultime pénalité. C’est fou ce que les Anglais ont subi comme « pénalités offensives », au moins cinq sur un total de treize. Elles ont sanctionné leur impuissance à enchaîner les temps de jeu, elles ont aussi récompensé l’efficacité des écossais sur les points de rencontre. L’un des points clés de cette partie, les hommes au Chardon se sont imposés par leurs grattages et l’abnégation des John Barclay, des Hamish Watson, ces avants encore qui ne seront peut-être jamais choisis par les Lions. Ils n’ont sûrement pas la puissance suprême de ceux qui seront un jour champions du monde, mais ils ont fait jusqu’au bout leur travail de soutier du ballon ovale. À Cardiff, Barclay avait été largement pénalisé pour les mêmes interventions, à édimbourg, chez lui, il fut le patron sous le regard de Nigel Owens.

Huw Jones intenable, Russell ressuscité

Mais si l’écosse a pu marquer vingt-cinq points, elle le doit aussi à sa première mi-temps euphorique sur le plan offensif. 22-6, trois essais à zéro et la performance hors norme de Huw Jones, ce trois quart centre de 24 ans révélé en Afrique du Sud et récupéré prestement par la SRU en 2016. Il a été impliqué sur les trois essais écossais, en a marqué deux lui-même et illustra l’autre par une percée décisive. Dire qu’il avait déjà inscrit un essai décisif contre les Bleus… On n’a pas fini d’entendre parler de cet… Anglais né à édimbourg un peu par hasard. La façon dont il s’est arraché en solo à la 38e pour échapper à cinq défenseurs anglais en courant tout droit mû par sa seule volonté, en dit long sur son potentiel. Il avait déjà marqué dès la 15e en « dribblant » comme un footballeur Watson après un coup de pied à suivre de Russell. Mais si l’on ne devait garder qu’un mouvement, ce serait la relance de 80 mètres conclue par Maitland après deux balayages sur la largeur du terrain et une remontée terrible de Huw Jones, le long de la touche. Tout fut parfait dans ce mouvement symphonique, une subtile passe en se retournant de Barclay jusqu’à l’ultime passe lobée de Russell pour son ailier mis dans un fauteuil. Un Russell qui, soit dit en passant, a rassuré tout un pays après trois semaines de critiques. Il faudra sans doute s’habituer à vivre des hauts et des bas avec lui. C’est le prix à payer pour son talent hors norme.
Les supporteurs écossais habitués à tant de déceptions craignaient un retour implacable des Anglais, il n’eut finalement pas lieu même si par deux fois, ils ont vraiment tremblé mais M. Owens refusa deux essais sur contres meurtriers aux Anglais. Les ralentis lui ont donné raison : une petite faute au sol de Launchbury, un en avant-volontaire de Lawes pour faire sauter le ballon des mains de Barclay. La victoire écossaise a aussi tenu à ça… Ces coups de poignards anglais empêchés par le bras du destin. Aucun bras n’est venu retenir Sam Underhill quand il est venu percuter illégalement un adversaire d’un coup d’épaule rageur, onze minutes après son entrée en jeu. La punition est tombée illico, carton jaune. Tous les clignotants viraient au vert pour les écossais, il était écrit quelque part qu’ils ne pouvaient pas perdre cette rencontre où il ne pleuvait même pas.

Jérôme Prévot
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