Le nouveau Bastareaud

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    Le nouveau Bastareaud
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Retour. Suspendu et absent des deux premières levées du tournoi, Mathieu Bastareaud a effectué un retour particulièrement remarqué contre l’italie. Lieutenant. Dans une équipe en manque de leaders, le toulonnais, qui a franchi un cap en club, s’est spontanément promu en « capitaine des lignes arrières » et principal relais de Guilhem Guirado. Expérience. Dernier titulaire survivant du grand chelem 2010, homme de base du triplé.

C’est un mythe, auquel le rugby français n’en finit plus de se raccrocher faute de certitudes: celui de l’homme providentiel. Un costume dont les observateurs, le public, les médias, ont successivement affublé ces dernières années les emblèmes de la jeune garde, qu’il s’agisse de Sébastien Bezy, Baptiste Serin, Antoine Dupont, Anthony Belleau ou Matthieu Jalibert… Avec le succès que l’on sait. De quoi contraindre les rêveurs à faire du neuf avec du vieux, en portant aux nues les éternels «indésirables » du mandat précédent. Au départ avec Morgan Parra, finalement blessé et absent pour le Tournoi. Et désormais avec Mathieu Bastareaud, le plus paradoxal dans l’histoire demeurant que ce dernier était déjà revenu pour les derniers tests de novembre sous l’ère Guy Novès, après discussion qui se voulait encore «amicale » avec le président de la Fédération. Un énième retour pour le triple champion d’Europe toulonnais, que ce dernier goûtait avec philosophie la semaine précédant la réception à hauts risques de l’Italie. «Je suis toujours content d’être en équipe de France, que le sélectionneur soit Pierre, Paul ou Jacques… Bon, en l’occurrence, c’est Jacques! Mais je sais bien qu’il n’y a pas de vérité, et je ne me sens pas plus installé que ça. Sous Guy Novès, je suis parti de très loin, mais j’ai tout de même réussi à revenir pour les derniers tests de novembre. Qui peut dire aujourd’hui que la tendance ne va pas peut-être s’inverser? Personne… »

Elissalde : « Il prend de la place, sur le terrain comme en dehors »

Personne, en effet. Reste qu’au-delà d’un statut de sauveur, Mathieu Bastareaud détonne dans l’univers aseptisé du rugby français et fait de Mathieu Bastareaud un personnage à part. «Avec son gabarit et ses tatouages, il est à sa manière, quelqu’un de fascinant, pour ses coéquipiers autant que pour l’extérieur, comme pouvait l’être Thierry Dusautoir dans un genre différent, pointait l’entraîneur des trois-quarts tricolores Jean-Baptiste Elissalde. Il prend de la place, sur le terrain comme en dehors, et il est surtout très différent du jeune joueur que j’avais connu à l’époque. Pour l’anecdote, à 6 heures du matin au lendemain de France-Italie, je l’ai croisé dans la salle de vie de l’hôtel, il pédalait sur son vélo… Les gars se disent: «tu as vu, c’est un bon mec», alors qu’on peut se tromper sur lui de l’extérieur. Il a appris un nouveau rôle en devenant capitaine de son club, en s’intéressant peut-être à la vie de ses coéquipiers. » «C’est un rôle totalement différent de celui de simple joueur, qui va bien au-delà du terrain, confirmait Bastareaud. Je veux savoir comment vont les mecs dans leur vie, avec leur femme, leurs enfants… Les entraîneurs que j’avais en jeunes me disaient que j’aurais pu faire un bon capitaine, mais comme j’en ai toujours eu, je n’ai jamais pris ces choses-là au sérieux. Et puis, lorsqu’on a la confiance des coachs, on y prend du plaisir. Au début, cela n’était pas naturel pour moi mais la confiance de Fabien Galthié à Toulon a fait que je l’assume pleinement. »

Ashton: «le rôle d’un leader, c’est de faire avancer l’équipe »

Pour preuve? C’est en fidèle second, juste derrière Guilhem Guirado, que Mathieu Bastareaud a pénétré sur la pelouse du Vélodrome, avant de terminer la rencontre comme capitaine des Bleus après la sortie du talonneur. Tout sauf un hasard. «Je m’appuie beaucoup sur Guilhem pour faire passer mes messages en club, et s’il faut l’épauler dans le sens inverse, pas de souci, confie «Basta ». Il y a beaucoup de jeunes joueurs en équipe de France, qui n’ont pas beaucoup d’expérience… Moi, je suis là pour aider à ma manière. Je ne suis pas là pour parler pour parler, simplement pour trouver les bons mots au bon moment. J’essaie juste de motiver et rassurer tout le monde. »

Ce qui passe par les mots, mais surtout par les actes. «C’est un porteur de balle exceptionnel, un des plus puissants du monde, pointe son partenaire anglais du RCT, Chris Ashton. Il fait avancer l’équipe, et c’est d’abord ce qu’on attend d’un leader. Et en tant que joueur, c’est quelqu’un qu’il faut savoir utiliser en fonction de ses qualités. Lors du match des Bleus contre l’Italie, il a été le meilleur sur le terrain parce qu’il était placé dans de bonnes conditions. » Le hic? C’est que le contexte contre l’Angleterre sera précisément différent, avec une paire de centres davantage portée sur la vitesse et le contournement, à l’image d’un Jonathan Joseph qui l’a régulièrement fait tourner en bourrique lors de ses affrontements avec Bath. De quoi nourrir la légende de ses excès, selon laquelle Mathieu Bastareaud n’a d’autre choix que d’être l’homme du match ou son cagoulin? Ashton ne le pense pas. «Là encore, le contexte était totalement différent. La dernière fois à Bath, il faisait très froid, Mathieu était gelé, et nous avons surtout laissé beaucoup d’initiatives aux joueurs de Bath. Là, ce sera à Paris, dans un cadre familier pour lui comme l’était le Vélodrome. Il sera une menace constante pour les Anglais, et en tout cas un des principaux dangers qu’ils vont cibler. » Rendez-vous samedi, alors… 

Nicolas Zanardi
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