Les promesses d'un futur

Oh bien sûr, les Bleus ne sont champions de rien du tout.

Ils peuvent encore terminer ce Tournoi des 6 Nations 2018 à une cinquième place bien tristounette, subir, dans les flammes du Millennium la gifle que les écossais ont reçu en ouverture de la compétition (34-7) et présenter un bilan déjà négatif (deux victoires, trois défaites) au moment de s’envoler, en juin prochain, pour une tournée néo-zélandaise à la mélodie masochiste. Dit comme ça, le tableau n’est pas vendeur et tempère immédiatement les ardeurs du samedi soir. Mais voilà, il y a eu l’Angleterre. Et quoiqu’il advienne par la suite, on se souviendra que ces Bleus moribonds depuis plusieurs mois ont martyrisé physiquement le XV de la Rose, à Paris, début mars, dans un Stade de France qui retrouvait enfin de la voix.

Enfin du temps

Avoir battu les Anglais ne résout pas tout. Cela n’endiguera pas la prochaine vague de Sudistes venant peupler les clubs de France, là où quelques gamins du coin pourraient pourtant s’épanouir. Cela ne stoppera ni l’inflation délirante des salaires, ni l’épidémie de commotions qui rythme notre rugby. Mais battre le XV de la Rose demeure une sensation à part, dans une année et, plus globalement, dans une carrière. C’est ce qui a finalement transpiré, samedi soir, au coup de sifflet final. Les Bleus n’avaient pas seulement gagné un match. Ils avaient gagné LE match. Celui qui peut faire basculer une trajectoire, dans les esprits du grand public et le moral des joueurs, qui auront enfin de quoi croire à nouveau en leur bonne étoile.
Et ce n’est pas tout : les Bleus n’ont pas seulement gagné. Ils ont aussi mérité leur victoire. Plus forts dans les duels, plus efficaces en défense, plus tranchants, les hommes de Jacques Brunel ont détruit les Anglais sur leurs points forts habituels, « Jusqu’à les émasculer », comme l’assenait le Sunday Telegraph, tout en exagération. Ce qui crédibilise la victoire. Le rugby est et restera un sport de combat avant-tout. Un socle sur lequel les Bleus ont des arguments à faire valoir. Ce qui ouvre des perspectives. En maintenant ce niveau d’engagement, la France sortira de son urgence actuelle pour se donner le temps de construire. Avec des soirs de défaite, des coups de moins bien, d’autres moments joyeux. Et une certitude : la France ne sera peut-être pas la meilleure nation du monde. Mais elle sera de nouveau crainte. C’est déjà beaucoup.