« Pélissié ne m’a pas surpris »

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    « Pélissié ne m’a pas surpris »
Publié le / Mis à jour le

Dimanche soir, à Marcoussis, Jacques Brunel nous a accordé une longue entrevue. Il y décrypte son premier Tournoi à la tête des Bleus.

Quel bilan tirez-vous de ce Tournoi des 6 Nations ?

Sur le résultat pur, c’est une déception. Sur le contenu, nous avons, en revanche, beaucoup de satisfactions, notamment sur la capacité de notre équipe à rivaliser avec les meilleurs, à lutter jusqu’au bout avec chacun d’eux.

Malgré tout, le chantier offensif reste vaste...
Quel est votre idéal de jeu ?

J’aspire à imposer, non pas à opposer. J’aimerais avoir une équipe tout terrain, capable de jouer toutes les formes de jeu. C’est d’ailleurs l’aspiration de tous les entraîneurs. Au pays de Galles, j’ai vu quelques mouvements intéressants, on marque par exemple un essai magnifique par Gaël Fickou...

Quel est l’absolu ?

L’idéal, dans le domaine offensif, ce sont les All Blacks. J’ai un immense respect pour ce qu’ont réalisé les Irlandais au fil de leur grand chelem. Mais, à mes yeux, leur jeu reste lisible. Nous sommes d’ailleurs parvenus à les contrer pendant soixante dix-neuf minutes. Et avec 30 % de possession seulement ! Ils ne nous ont jamais mis à la peine, balle en mains.

Des garçons vous ont forcément surpris au fil de ce Tournoi. Attendiez-vous, par exemple, Adrien Pélissié à ce niveau contre le pays de Galles ?

Oui. Adrien a cette particularité que recherchent tous les entraîneurs modernes: le changement de rythme, le pouvoir de passer de 0 à 10 en un instant. Au niveau international, tu as besoin de ça pour exister. Adrien Pélissié casse des plaquages, prend de vitesse les défenseurs.

Qui d’autre ?

Benjamin Fall, Mathieu Bastareaud qui revient très fort, Maxime Machenaud qui s’affirme, le petit Tauleigne qui a montré des choses intéressantes, même si on pense qu’il peut aller beaucoup plus haut encore... La troisième ligne, en règle générale, m’a beaucoup plu. Wenceslas Lauret a beaucoup bossé dans les regroupements et Yacouba Camara a montré de vraies qualités sur les quatre premiers matchs: sauteur en touche, puissant, bon au contact...

Rabah Slimani, souvent visé par les arbitres, est-il menacé ?

Rabah le sait. Il est visé. On a pris trois pénalités contre l’Angleterre mais, après discussion, le patron des arbitres, Alain Rolland, m’a dit: la première pénalité, c’est du 50/50; la deuxième, faute de Rabah; la troisième, faute de Vunipola. De trois, on passe à une et demie. Ce n’est pas pareil...

Qu’avez-vous éprouvé sur la dernière pénalité ratée par François Trinh-Duc, trois points qui auraient pu vous donner la victoire ? 

Je suis déçu pour lui, déçu pour nous. Que voulez-vous que je vous dise ? Contre l’Irlande et le pays de Galles, ce sont deux pénalités (Belleau contre l’Irlande, Trinh-Duc à Cardiff) placées au même endroit qui nous privent d’une belle victoire. Voilà... Avec quatre victoires, ce ne serait pas la même histoire... Mais nous ne sommes pas ici pour refaire le film.

Jean-Baptiste Elissalde nous confiait la semaine dernière que le réservoir n’est pas très important au poste de numéro 10. Partagez-vous cette analyse ?

Il suffit de compter nos ouvreurs. J’ai Trinh-Duc et Belleau à Toulon, Beauxis à Lyon, Lopez à Clermont, Jalibert à Bordeaux, Plisson au Stade français et Ugalde à Brive. Le choix est donc limité.

Bernard Laporte, dans une interview donnée à nos confrères du Daily Mail, regrettait les arrivées de Jerome Kaino (35 ans) et Liam Messam (34 ans) en Top 14. Partagez-vous son avis ?

D’un côté, on peut dire qu’ils prennent la place de jeunes Français. Mais, au-delà de leur performance, au-delà de leur âge, il faut voir l’impact que ces champions-là ont sur un vestiaire. La plus-value de Vito à La Rochelle est à ce sujet assez évidente. Moi, j’ai eu Carter à l’Usap en 2009. J’ai vu comment il avait transformé l’état d’esprit de l’équipe. Parce que tout le monde cherche à faire mieux pour se hisser au niveau supposé du champion.

Partirez-vous avec des jeunes en tournée en Nouvelle-Zélande ?

Je vais m’adapter au contexte et faire sans les finalistes du Top 14 lors du premier test. Des jeunes, j’en prendrai. Ils seront intéressants avec les Barbarians. Mais pour jouer les Blacks, je vais garder l’ossature du Tournoi, tout en jonglant avec les possibles blessures, les retours des uns et des autres...

Vous terminez votre premier Tournoi à la tête de l’équipe de France. Bernard Laporte, pour qui l’odeur du terrain reste très forte, a-t-il été intrusif ?

Il m’a laissé une totale liberté et je l’en remercie. ça ne nous a pas empêché de refaire les matchs jusque tard le soir...

L’épisode d’édimbourg ne vous a-t-il pas finalement permis de légitimer votre autorité ?

Non. Il n’était pas question de légitimer une quelconque autorité. Il y a juste des moments où il faut savoir montrer une belle image, où il faut savoir raison garder. Aujourd’hui, les joueurs de l’équipe de France sont scrutés et l’image qu’ils renvoient au public doit être de qualité, notamment dans les moments difficiles comme peut l’être une défaite.

Permettez-nous d’insister : au moment où la police écossaise empêche l’avion des Bleus de décoller, vous ne vous êtes jamais dit : « mais pourquoi j’ai dit oui ? »...

Non. à ce moment-là, je suis juste surpris par la situation. Je n’ai pas envie de revenir là-dessus. Les fautifs ont été sanctionnés. J’espère juste qu’ils seront assez bons pour revenir en équipe de France.

Qu’avez-vous ressenti lorsque Arthur Iturria est venu vous avouer qu’il s’était cassé le nez en sautant dans son lit, le dimanche matin ?

J’ai apprécié sa démarche.

Ca vous a fait rire ?

Non. Contrairement à ce que certains ont prétendu, j’ai toujours su qu’il n’y avait pas eu de bagarre. J’étais serein.

La pression du poste est-elle si importante ?

Oui. Il y a deux périodes de stress, l’annonce de l’équipe, ce moment où je dis à des garçons qui bossent qu’ils ne feront pas partie du truc; et puis, dans les vestiaires, sur le scénario du match.

Vous avez été un gros fumeur. La nicotine vous manque-t-elle à ces moments-là ?

Non, c’est fini. Au lendemain de mon malaise (2009), je me suis débarassé de cette drogue. Un jour, j’ai ressenti une pointe sous l’épaule. Quelques jours plus tard, je devais partir en Nouvelle-Zélande pour visiter les Crusaders... Le toubib d’Auch m’a fait passer un test, il a vu un petit truc et m’a aussitôt envoyé à l’hôpital. Là-bas, le médecin m’a dit: « Déchirez votre billet d’avion et arrêtez la clope ». ça a été radical.

Marc Duzan
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