Du voyage au chemin de croix

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    Du voyage au chemin de croix
Publié le , mis à jour

Les voyages forment la jeunesse, dit-on souvent pour exprimer combien les rencontres -fortuites ou programmées- aident à grandir ; et combien le saut du nid permet de forger les caractères et les destins.

Clermont a ainsi passé sa semaine sur les bords espagnols de la Méditerranée, en quête de cohésion et précision avant de jouer sa saison à pile ou face, dimanche prochain contre le Racing, en quart de finale de Champions Cup. Ce genre de stage, on le sait trop bien et depuis longtemps, fait rarement de miracle même s’il a le mérite de réveiller les consciences avant que les saisons ne basculent vers les matchs décisifs de la fin de saison… Le sprint de l’ASM a donc débuté ce dimanche par un naufrage à Toulon, en rade varoise, et l’on mesure alors toute l’envergure du défi auvergnat. Pour être francs, il y a peu de surprise dans ce résultat. C’est ici l’énième confirmation d’une saison de galères en Top 14 vécue par un champion de France en titre qui paie tant d’efforts enchaînés ces dernières années pour lutter sur tous les tableaux et assouvir sa soif de conquêtes. Il faut croire que ces quêtes fiévreuses ont largement entamé les corps et le mental des partenaires de Morgan Parra qui ont payé un lourd tribut aux blessures.

Le Bouclier a fait le bonheur des Jaunards qui s’accrochent désormais à l’Europe comme à une bouée de sauvetage. Et les Auvergnats de Franck Azéma devront être diablement forts pour inverser la tendance, retrouver l’efficacité d’un rugby qui a fait leur gloire récente, et de nombreux envieux chez leurs adversaires. La référence a perdu son éclat. Plus inquiétant, elle semble désormais en panne de repères collectifs, du liant et de la formidable confiance qui l’ont rendue si impressionnante la saison dernière quand l’ASM semblait habillée d’un alliage léger, carrossée pour le combat et profilée pour la grande vitesse. Cette saison, il n’y a plus d’évidence entre les deux visages clermontois affichés selon les compétitions. Brillants sur la scène continentale, les doubles tombeurs des Saracens ont ensuite trop souvent bégayé en Top 14. Mais si l’Europe semble si bien leur convenir, les Clermontois ont rendez-vous avec le Racing et c’est bien la promesse d’un combat digne de notre championnat qui est offerte aux partenaires d’Iturria privés du choc des cultures qui fait la magie des voyages… Ils devront gagner avant de reprendre la route et le chemin de Bilbao pour décrocher leur étoile. Ce sera juste avant que les Bleus ne s’envolent vers la Nouvelle-Zélande, avec n’en doutons pas un fort contingent d’Auvergnats puisqu’ils sont désormais officiellement déchargés des phases finales du Top 14. Et ce devrait être, cette fois, sans escale vers les comités d’outre-mer pour porter la bonne parole rugbystique. 

L’an dernier, le XV de France avait ainsi été obligé de suivre Serge Simon à Mayotte et La Réunion avant d’aller défier l’Afrique du Sud. Un voyage de dupe comme un piège : c’était le début de la fin pour Guy Novès et son staff confrontés à une mission impossible. Un an plus tard, Jacques Brunel, lui, n’aura pas à jouer les VRP de luxe en Nouvelle-Calédonie avant de se mesurer aux All Blacks ! On doit évidemment s’en féliciter même si le sort réservé à l’ancien sélectionneur nous apparaît du coup encore plus injuste.

Pour les uns le voyage, et pour d’autres le chemin de croix…

Emmanuel Massicard
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