Dany Priso, le pilier aux bottes de sept lieues

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    Dany Priso, le pilier aux bottes de sept lieues
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Dany Priso - Pilier de la rochelle alors qu’il dispute seulement sa troisième saison dans l’élite, le pilier rochelais fait partie des révélations du top 14. au point de s’être fait une place dans le groupe france. Portrait d’un joueur doué et particulier.

Il y a sept ans, Dany Priso découvrait le rugby un vendredi soir au retour de l’école, quand la curiosité l’avait fait s’arrêter devant un entraînement près de chez lui avant d’enfiler un maillot histoire de voir ce que ça donnait sur le pré. Il y a sept semaines, il disputait son premier match sous le maillot tricolore, lors de la première journée du Tournoi des 6 Nations… Ascension fulgurante, pensez-vous ? C’est peu de le dire : de son premier match professionnel, avec le Stade français contre Pau en août 2015, à ses quatre participations au Tournoi 2018, le pilier de 24 ans n’a pas perdu de temps. Il aura vu passer seulement un an et demi entre sa première titularisation en match professionnel, à Trévise en Challenge européen avec La Rochelle en octobre 2016, et son premier match international, le 3 février dernier.Etonnant ? Pas pour ceux qui le connaissent. « Je ne suis pas surpris. Dany est une bombe !, réagit son ancien entraîneur au Stade français, Adrien Buononato. Physiquement, il est incroyable. Et il n’a pas besoin de lever des barres de muscu pour ça. Il est naturellement plus fort que les autres alors dès qu’il travaille, cela se voit immédiatement. » La très bonne entrée en jeu du joueur pour sa première cape, à la 55e minute de la si frustrante défaite face aux Irlandais (13-15) n’a pas étonné une seconde son ancien coach : « Bien sûr qu’il a le niveau international. Vous l’avez vu ? Il court aussi vite qu’un ailier ! », s’exclame-t-il, rappelant également sa performance déjà remarquée avec la sélection française qui avait tenu la dragée haute aux All Blacks à Lyon en novembre dernier. Il reprend : « Dany est un joueur différent. Je me rappelle que lors de son premier match avec nous, contre Pau, il avait contré le ballon et pris Jale Vatubua (le véloce centre de la Section, N.D.L.R.) à la course avant de récupérer la balle. Ses qualités athlétiques sont phénoménales alors le haut niveau, qui offre plus d’espaces et de déplacements, lui convient. Il a d’ailleurs été très bon en Coupe d’Europe avec La Rochelle cette année. »

Le tournant rochelais

On se souvient de son impressionnante percée et de son service parfait à Kini Murimurivalu contre les Harlequins lors de la dernière journée de Champions cup. Mais résumer Dany Priso à son explosivité serait bien réducteur. Samedi contre l’UBB, c’est un essai tout en puissance inscrit à la sortie d’un regroupement près de la ligne adverse qui lui a permis de s’illustrer. Le joueur excelle également dans le travail de l’ombre, sur les rucks mais aussi en mêlée fermée. C’était pourtant sa hantise à ses débuts. « Quand j’étais au Stade français, on m’a dit : « tu vas jouer pilier », racontait-il à son arrivée à Marcoussis, alors qu’il rejoignait les Bleus sur la pointe des pieds. Tu te retrouves en face de Rabah (Slimani, N.D.L.R.), le meilleur pilier de France. Là, tu te dis : « attends, qu’est-ce que je fais ? » C’est un peu compliqué… » Il n’a toutefois pas tardé à prendre le pli, surdoué qu’il est. « Dany était déjà à part quand il a débuté, se remémore David Attoub (4 sélections), qui fut son coéquipier à Paris. Je me souviens que j’avais trouvé ce jeune très costaud pour son âge. Il avait déjà les qualités intrinsèques d’un bon pilier : il était fort mais aussi dynamique, dense. Souple également. Surtout, il ne lâchait rien. Dès qu’il était pris, il cherchait une solution pour s’adapter et s’en sortir. Cela m’avait marqué. Il me demandait beaucoup de conseils même s’il faut avouer qu’il a un petit côté cool et qu’il faut un peu le pousser. »

En rejoignant Patrice Collazo à La Rochelle, Dany Priso est tombé sur le bon client, qui ne l’a pas lâché une seconde comme il sait le faire. « C’est son truc à Patrice : il sait aller chercher des joueurs complètement inconnus, les pousser et en faire de très bons piliers, témoigne un de ses coéquipiers rochelais, le gaucher Mike Corbel. Il avait déjà fait émerger Uini Atonio. C’est un peu la même chose avec Dany. Il a su l’encadrer et l’accompagner. » « Ce n’est un secret pour personne, La Rochelle m’a beaucoup apporté, confirme l’intéressé. Patrice a vraiment su être patient avec moi. Il a su mettre mes qualités en valeur, me faire bosser sur mes points forts et surtout sur mes points faibles. Il a su m’apporter la confiance qui me manquait dans la mesure où j’ai commencé ce sport sur le tard. » C’est indéniable aujourd’hui : Dany Priso est un très bon pilier de mêlée.« Il est costaud mais aussi très actif dans ses déplacements ; c’est l’archétype du pilier moderne », résume David Attoub. Face à Dan Cole, Tadhg Furlong ou Samson Lee, l’apprentissage promettait de ne pas être des plus drôles. Et le Rochelais n’a pas démérité, loin de là. Après sa très bonne entrée en jeu face aux Irlandais et contre l’Italie à Marseille, il fut un peu moins en vue en affrontant l’Angleterre et le pays de Galles. Mais il a marqué des points dans ce Tournoi 2018, c’est une certitude. Adrien Buononato n’était « pas inquiet une seconde » à ce sujet. « Il pourrait affronter n’importe qui, Dany ne se poserait pas de questions. C’est un garçon un peu à part, qui n’a pas été abîmé, ni formaté par les sélections de jeunes ou par les centres de formation. C’est agréable de travailler avec des joueurs qui ont cette fraîcheur-là. Il sait d’où il vient et prend chaque étape comme une opportunité. »

L’ambianceur des vestiaires

Son histoire n’est pas commune, en effet. Né au Cameroun, débarqué en France à onze ans seulement, du côté d’Ussel, Dany Priso n’est pas un rugbyman tout à fait comme les autres. Quand il est arrivé au Stade français, il était éducateur auprès des jeunes et travaillait en alternance au bureau du club. Hébergé par un dirigeant. L’été suivant le Brennus remporté par les Stadistes, en 2015, il avait été amené en stage avec le groupe professionnel parce qu’il « avait du potentiel » mais aussi parce qu’il n’avait plus de logement et que le stage lui assurait un toit pendant au moins dix jours… Après sa bonne prestation lors de son premier match, contre Pau, le club lui avait fait signer un contrat. Puis les deux parties étaient tombées d’accord pour une prolongation, avant qu’il ne décide finalement de rejoindre La Rochelle. On connaît la suite… L’enfant de Loum, son petit village africain, a grandi et commence à se faire un nom dans le rugby français.

Un homme à part, et un parcours à part. De quoi lui faire perdre la tête ? Son entourage, Patrice Collazo en tête, veille au grain. Lui aussi tente de rester vigilant : « Ces derniers temps, tout le monde a beaucoup parlé sur moi : « Dany par-ci ! Dany par-là ! » ça fait toujours plaisir d’avoir des compliments mais je ne me prends pas trop la tête et j’essaie de me recentrer sur moi-même […] Je ne vais pas arriver et traverser le terrain. Si tout se passe bien, on va dire que tout est rose mais si je me plante sur deux, trois matchs, ça va faire mal. » Pendant le Tournoi, il n’a pas traversé le terrain mais tout s’est bien passé. Extrêmement prometteur, il doit maintenant être vu dans le temps pour confirmer les grands espoirs placés en lui. Ces phases finales de Coupe d’Europe constituent un autre grand rendez-vous de sa saison, il le sait. Ambianceur du groupe rochelais — sa musique et son déhanché enfièvrent le vestiaire avant les entraînements paraît-il -, Dany Priso doit maintenant réciter sa partition sous le maillot rochelais pour les premières phases finales européennes de l’histoire du club. Brillant, comme il sait l’être.

Emilie Dudon
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