En pensant à nos Bleus

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Publié le , mis à jour

Combien avez-vous compté de joueurs sélectionnables français titularisés en ce week-end de disette européenne ?

Ils étaient trente-neuf sur soixante possibles en Champions Cup, avec une ligne de trois-quarts rochelaise 100 % made in France pour compenser le bilan toulonnais : 6 "Bleus", seulement, ont débuté face au Munster. S’il veut être champion de France avec "vingt-trois français sur la feuille de match", Mourad Boudjellal a encore du pain sur la planche… Mais, trêve de plaisanterie. Derrière les chiffres et le bilan plus ou moins glorieux se cachent une réalité moins glorieuse. Nos Bleus ne sont clairement pas assez nombreux à profiter de l’expérience européenne, antichambre du haut niveau international. Pire, les joueurs français sélectionnables se font rares dès lors que les matchs couperets apparaissent.

Combien pensez-vous qu’ils seront au mois de mai, à l’appel des phases finales qui sonneront la fin des Jiff ? Les paris sont ouverts mais les placards risquent de déborder, archicombles de joueurs français. Par la force de règlements à temps partiel qui légitimeront les choix de certains techniciens libérés de toutes contraintes, ces candidats à la sélection nationale se retrouveront précarisés par l’absence de compétition domestique. C’est le monde à l’envers ! Et puis, combien d’entre eux seront titularisés l’an prochain en Top 14, quand Bordeaux-Bègles aura définitivement pris l’accent "british" de Rory Teague ? Quand Radradra, Tamanivalu, James, Nabuli, Amosa ou Tilsley débarqueront à Chaban-Delmas pour faire oublier Goujon, Maynadier et Rey ? Quand ces deux derniers auront été poussés dehors, ou enfermés dans le "loft" des rugbymen du début de semaine, payés pour ne surtout pas jouer parce qu’ils n’entrent plus dans les plans de l’entraîneur. Des prisons dorées…

Il est ici question de sport, évidemment. Et les choix des coachs ont toujours porté à discussion. L’histoire du championnat de France, et tout autant de la sélection tricolore, regorgent d’innombrables délits de sales de gueules. Avec des joueurs aux carrières sinon brisées, du moins sacrément ralenties parce qu’ils n’entraient pas dans les plans d’un entraîneur ou qu’ils avaient refusé la mutation vers un club cher au président de la Fédé. Jusqu’ici, il n’y a rien de plus choquant qu’hier. Mais au temps de l’amateurisme marron, les effectifs n’avaient rien d’armées mexicaines qui nous sont offertes aujourd’hui, avec cinquante joueurs pour quinze places seulement.

Quitte à ne pas jouer, certains préfèrent monnayer leur fort potentiel - ou une main-d’œuvre raréfiée à leur poste - plutôt que de s’engager en faveur d’un club qui leur offrira le plaisir du jeu. Talès a ainsi fait banquette au Racing, derrière Carter, alors qu’il était international. Avant, Wisniewski, Palisson et Mermoz ont ciré les places en tribune à Mayol où Clerc compte les minutes pour battre le record d’essais marqués en championnat - on croise les doigts pour lui. Nous marchons clairement sur la tête, avec ces effectifs pléthoriques et ces blessés de tous horizons, systématiquement remplacés par des jokers médicaux venus des quatre coins du monde. Résultat des courses, les jeunes espoirs français rongent leur frein en silence, privés de leurs belles années et dans l’incapacité de concrétiser leur potentiel. Sans jouer, ils régressent mais leur cote ne cesse d’être gonflée artificiellement parce qu’ils sont Jiff.

Tout cela ne saurait durer et nos dirigeants devront se pencher sur ces statuts, toujours plus précaires. Comme ils devront prendre enfin des décisions radicales s’ils entendent réellement accompagner le développement de nos jeunes : contrat fédéraux pour les espoirs, "draft", suppression des jokers médicaux, primes aux joueurs issus de l’école de rugby locale… Au point où nous en sommes, il n’y a pas d’idées folles. Et pour Bernard Laporte, qui avait fait vœu de campagne de limiter le nombre de joueurs étrangers à cinq par feuille de match en Top 14, il est temps de s’engager à tenir ses promesses. Juré, craché, s’il ment, les Bleus risquent bien d’aller en enfer.

Emmanuel Massicard
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