La Russie vers le Mondial

Défaits à deux reprises cet hiver, en qualification pour la prochaine Coupe du monde, les Russes devraient profiter des procédures engagées contre les nations concurrentes pour aller au Japon.

Passée l’émotion de la rencontre Belgique-Espagne, et de la polémique née de la nomination d’un arbitre Roumain qui aurait pu influer sur le sort du match, une deuxième polémique est née, la semaine dernière, entourant toujours les nations du Tournoi B. Et, cette fois, les conséquences pourraient être beaucoup plus sévères : la Russie a engagé une plainte auprès de World Rugby contre la Roumanie et réclamé l’ouverture d’une enquête pour informations supplémentaires envers l’Espagne et la Belgique, concernant des suspicions de fraude à l’éligibilité de plusieurs joueurs. Des démarches qui ont de grandes chances d’aboutir.

Que reproche-t-on aux nations incriminées ?

Trois nations, trois cas. Pour la Roumanie, c’est l’utilisation de Sione Fakaosilea qui pose problème. Le joueur d’origine tongienne avait évolué avec sa sélection à 7 en octobre 2013. Ce qui, de facto, le rendrait inéligible avec la Roumanie.

Pour l’Espagne, ce sont les cas de Mathieu Bélie et Bastien Fuster qui posent problème, alors que les deux joueurs avaient joué des matchs « qualifiants » et donc bloquants avec la France. Pour la Belgique, c’est le cas de Victor Paquet qui suscite des interrogations. Le talonneur formé au Stade toulousain et qui évolue depuis quatre saisons à Soyaux-Angoulême portait le maillot de la Belgique, au bénéfice d’un arrière-grand-père détenteur de cette nationalité. Ce qui n’entre pas dans le cadre réglementaire de World Rugby.

Ces démarches peuvent-elles aboutir ?

Clairement, oui. Contacté sur ces dossiers qu’il suit de près, Olivier Vidal, expert règlements de World Rugby, ne laisse pas beaucoup de place au doute. « Pour la Roumanie et l’Espagne, je ne vois pas comment ils peuvent s’en sortir sans disqualification pour la prochaine Coupe du monde ». Olivier Vidal s’appuie notamment sur la jurisprudence de 2003, lorsque la Russie avait connu une pareille disqualification après avoir utilisé en qualification trois joueurs sud-africains qui ne remplissaient pas les critères d’éligibilité. « Pour l’Espagne et la Roumanie, les cas semblent clairs. Pour la Belgique, il faudra voir si Victor Paquet est en capacité de produire un acte de naissance d’un de ses grands-parents né en Belgique, et pas seulement un passeport belge. Si c’est un arrière-grand-parent, ça ne passera pas ». Et donc ? « Pour faire clair, sauf improbable retournement de situation, les trois pays vont être disqualifiés ».

A qui profite le « crime » ?

À la Russie, bien sûr. Si les infractions ne datent pas de cet hiver, la RUR (fédération russe de rugby) a dégainé sa réclamation au moment opportun. Si ses plaintes et réclamations venaient à aboutir, ce qui est donc très probable, la Russie serait donc qualifiée directement pour la prochaine Coupe du monde au Japon, par effet de dominos. Elle prendrait le fauteuil « Europe 1 ». Mieux : elle disputera le match d’ouverture face au Japon, le 20 septembre au Tokyo stadium. Et bénéficier d’une exposition exceptionnelle arrachée sur tapis vert.

Quelles autres répercussions ?

Si les sanctions venaient à être confirmées par World rugby, la Russie irait donc à Japon. Et l’Allemagne, toujours selon le même effet domino, serait « promue » pour affronter le Portugal en barrage. Mais un problème de calendrier demeure : en 2003, il avait fallu deux mois à l’IRB (ancêtre de World Rugby) pour trancher le cas russe. Un tel délai se heurterait directement avec le calendrier des matchs de barrage de World Rugby, dont les premiers sont prévus en mai. Grand bazar à venir ?