De notre éducation

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Publié le , mis à jour

Les valeurs de notre sport sont assez brocardées pour que nous arrêtions de nous y accrocher, comme des naufragés à la mer.

Les valeurs de notre sport sont assez brocardées pour que nous arrêtions de nous y accrocher, comme des naufragés à la mer. Cela ne changera rien et les footeux de tous poils pourront encore nous tailler des costards, trop heureux de voir les rugbymen plagier leurs maux avec une déconcertante efficience ; encore plus heureux de ne pas avoir à porter toute forme de remise en question.

Ne parlons pas des valeurs quand elles ne veulent plus rien dire. Ou si peu. Permettez-nous humblement de parler d’éducation alors que ce journal est accompagné d’un supplément magazine qui fait notre fierté. Par-delà les « Fils de… » qui pourraient donner l’image d’un sport fermée sur lui-même, c’est bien la question de la transmission qui est aujourd’hui mise en jeu, merveilleusement exprimée par Serge Blanco ou Jean-Baptiste Elissalde. Leurs histoires traduisent certes des destins hors du commun, mais ce n’est finalement rien d’autre que l’expression d’une culture et d’un savoir-vivre qui ont fait l’attrait et la magie de notre discipline. Nos différences et toute notre fierté.

En filigrane, demeure un devoir alors que tant de choses ont changé au rythme de l’évolution d’une société toujours plus individualiste et de la professionnalisation de notre discipline : il faut renforcer l’éducation de nos joueurs, plus particulièrement de nos jeunes. Leur apprendre le plaisir du jeu et les laisser le plus longtemps dans une forme d’expression libérée plutôt que de les contraindre à la récitation, slalomant entre des plots, singeant ce rugby des grands qui fait tant de dégâts.

Leur apprendre le respect qu’il convient d’apporter à l’arbitrage quand les décisions des directeurs de jeu sont de plus en plus souvent critiquées, avec des joueurs passant souvent plus de temps à demander la vidéo qu’à jouer…

Aux frontières du ridicule et à la limite de la tolérance, World Rugby a tapé du poing sur la table pour intimer aux arbitres l’ordre de prendre leurs responsabilités. Il était temps… Mais rien ne changera jamais véritablement sans un travail de fond mené auprès des jeunes, éduqués aux principes d’une discipline qui a toujours eu le mérite de reconnaître l’autorité arbitrale comme l’un de ses piliers. Soyez en sûrs, nous ne pourrons plus fermer les yeux très longtemps, laissant les arbitres seuls contre tous, victimes des caméras et cibles de toutes les critiques.

Leur apprendre, enfin, la valeur d’un maillot et plus encore celui de la sélection. Quand bien même cette dernière n’est plus gage de jackpot professionnel, elle devrait toujours faire scintiller une flamme singulière au fond des yeux de n’importe quel licencié.

A ce titre et parce qu’elle doit montrer l’exemple, on ne comprend pas comment la FFR se refuse à accorder le statut JIFF à Scott Spedding, international à 23 reprises. Une telle main tendue aurait eu valeur de reconnaissance pour un homme parvenu à l’aube de sa carrière après avoir adopté le destin des Bleus.

L’injustice qui lui est faite aujourd’hui, et qui pourrait se retourner contre la Fédération si le statut Jiff est remis en cause par la justice, nous semble renvoyer à la mémoire de ces tirailleurs sénégalais que la France a reconnus l’an dernier après 60 ans d’ignorance… Sincèrement, est-ce vraiment là le sens de notre éducation ?

Emmanuel Massicard
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