"L'impression d'avoir été floué"

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    "L'impression d'avoir été floué"
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Assommé par la décision du comité directeur de la FFR, l’international aux 23 sélections prend la parole. Il explique comment il se sent pris en otage et qu’il veut continuer à jouer en France.

Midi Olympique : Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris que le Comité directeur n’a pas suivi l’avis du CNOSF ?

Scott Spedding : J’étais sous le choc. J’avais eu des annonces selon lesquelles si je suivais les différentes étapes, j’aurais gain de cause. Vendredi, j’étais donc dégoûté.

Les Fédérations suivent généralement le CNOSF, on a le sentiment que vous avez été lâché par la FFR…

Après la décision favorable du Comité olympique, j’étais persuadé que ce serait bon pour moi. J’ai fait tout ce que je pouvais et, finalement, au bout de cinq mois, on me dit non. Je ne comprends pas. D’autant plus que le CNOSF n’avait pas conseillé de changer mon statut mais juste de faire une exception pour deux ans. L’idée était que je suis arrivé en France avant la mise en place du règlement Jiff, donc il n’est pas juste qu’il soit appliqué pour moi. J’étais en centre de formation à Brive avant l’instauration de cette règle mais je n’y suis pas resté assez longtemps.

Comprenez-vous alors que les institutions s’en tiennent à la stricte application du droit ?

Mon but n’a jamais été de remettre en cause le système, juste de trouver une solution pour moi et les joueurs dans mon cas. Je suis conscient qu’il faut protéger l’équipe de France et les jeunes joueurs français. Je suis totalement d’accord avec ça mais la règle est contournée et beaucoup de joueurs du Top 14 sont Jiff mais non sélectionnables pour le XV de France. Jouer pour ce maillot est un privilège à mes yeux. Je possède un passeport français, j’ai 23 sélections chez les Bleus et j’ai du mal à trouver du travail. La Ligue ne voulait pas que mon cas crée un précédent que cela ouvre la porte à d’autres. Mais ce n’est pas le cas car il n’y aura plus de joueurs arrivés en centre de formation avant la mise en place de ce règlement. Je souhaitais simplement favoriser une discussion et une solution.

Quand vous vous êtes lancé dans cette bataille, aviez-vous des garanties ?

Au départ, les dirigeants clermontois m’ont expliqué que, depuis trois ans, je partais en moyenne quatre mois par saison avec le XV de France et qu’ils ne pouvaient pas me compter parmi les Jiff alors que les quotas ne font qu’augmenter. C’était une double-punition et ils ont décidé de ne pas me prolonger. Plusieurs clubs étaient intéressés par mon profil mais à la condition que j’obtienne le statut Jiff. En novembre, alors que j’étais avec l’équipe de France, Serge Simon m’a appelé au téléphone lorsque j’étais dans ma chambre à Marcoussis. Il m’a dit de ne pas m’inquiéter, que tout serait mis en œuvre pour que je sois considéré comme Jiff, pour l’intérêt supérieur du rugby français. Je l’avais remercié et lui m’avait répondu : « Ne me dis pas merci, c’est normal. Tu le mérites, tu es quelqu’un de bien. »

Avez-vous eu d’autres contacts avec les responsables fédéraux par la suite ?

Oui. Le 15 décembre, Serge Simon m’a rappelé. C’était un vendredi soir, deux jours avant le match contre les Saracens et trois avant le Comité directeur du lundi 18 décembre. Il m’a dit que j’aurais le statut. Je l’ai remercié et il m’a répondu la même chose que la fois précédente. Je me suis tourné vers ma femme : « C’est bon, je suis Jiff lundi. » Le lundi, plus rien. Et j’apprends que le Comité directeur n’a pas donné son accord. J’ai rappelé Serge qui m’a certifié : « Vous avez mal compris avec ton avocat. Vous devez d’abord faire toutes les démarches et aller devant la Commission d’appel avant que nous puissions trancher. » Sauf que la Commission d’appel a rejeté notre demande.

Et vous vous êtes donc tourné vers le CNOSF…

Oui, on m’avait dit de faire toutes les démarches et d’aller devant le Comité olympique car, après le résultat de celui-ci, la Fédération pourrait intervenir pour mon statut. Cela m’a pris trois mois et la décision du CNOSF a été favorable. Je croyais vraiment que la FFR allait intervenir en ma faveur et, vendredi, on m’appelle pour me dire qu’elle s’y opposait.

On a l’impression que vous êtes pris en otage dans cette histoire ?

J’ai l’impression d’avoir été floué. J’ai suivi chaque étape, comme il le fallait, et le Comité olympique est totalement indépendant. En avril, on me dit non alors que je n’ai toujours pas de club pour la saison prochaine. Cela fait six mois que je me bats. C’est usant. Un coup, je monte sur un jour de repos à Paris pour être présent devant la Commission. J’attends la décision pendant dix jours. Puis je pars au Comité olympique. J’ai le sentiment que ma saison a été régie par toutes ces dates.

Comment parvenir à garder encore le moral et l’esprit frais pour continuer à vous battre ?

Franchement, c’est dur et très éprouvant mentalement de mener ce genre d’épreuve. Maintenant, j’ai besoin de trouver un club pour rebondir. Je réalise toutes ces démarches pour avoir un contrat. Aujourd’hui, des clubs se séparent de joueurs non Jiff car le quota augmente encore la saison prochaine. Ce n’est pas pour prendre un autre non Jiff à la place, qui serait potentiellement sélectionnable avec le XV de France.

Savez-vous de quoi sera fait votre avenir proche ?

Aucune idée. Avec mon avocat, on a décidé d’aller plus loin. La FFR voulait que je continue. Je vais le faire, mais pour mes convictions. Au départ, mon objectif n’était pas de remettre en cause le système mais on arrive à un point où on va le faire. Pour ce qui est de mon avenir sportif, je ne sais pas si je vais pouvoir poursuivre ma carrière ou devoir y mettre un terme.

Mais vous avez encore envie de jouer…

Bien sûr. Je n’ai que 31 ans, encore deux ou trois bonnes saisons devant moi. Je n’avais connu de grosses blessures. Mon but était de vivre de l’aventure de la Coupe du monde 2019. C’était bien parti avec Guy Novès car j’ai toujours été dans le groupe jusqu’en novembre. Tout ce qui se passe en dehors des terrains a eu des répercussions sur mon jeu. J’ai pris des coups et j’ai l’impression que mon rêve est presque mort.

Jérémy Fadat
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