Autopsie d’un échec

Si la saison 2017-2018 restera comme une des pires de l’ASMCA dans l’ère professionnelle, elle supporte encore la théorie de l’accident. L’accumulation des blessuers a nécessairement pesé sur la trajectoire des Auvergnats. Seule, elle ne peut toutefois suffire à justifier une telle année à vide. Recrutement, préparation physique, Défense, gestion de l’effectif… Beaucoup de secteurs devraient évoluer sensiblement, la saison prochaine, en Auvergne. Il faut mieux faire.

Il n’y a pas à tourner deux heures autour du pot : victoire contre Bordeaux-Bègles ou pas, bonus offensif ou non, la saison de Clermont est un sérieux échec. C’est vrai comptablement, avec une élimination dès les quarts de finale de Champions Cup, à domicile qui plus est, et une invraisemblable dixième place qui leur tend les bras en Top 14. C’est aussi vrai sur la manière, avec des rencontres copieusement lâchées et qui ont multiplié les tâches sur une saison qui n’en demandait pas tant. À qui la faute ? La malchance a eu vite fait d’être pointée du doigt en même temps qu’une usure rédhibitoire, due au calendrier infernal d’une équipe doublement finaliste l’an dernier. C’est vrai, les blessures se sont accumulées dans les rangs auvergnats toute l’année. Mais cette seule explication ne saurait suffire. « Il y a certainement beaucoup de choses que j’ai dû mal faire durant cette saison. Sinon, nous n’en serions pas là », admettait Franck Azéma après la gifle parisienne (50-13), il y a dix jours. L’entraîneur clermontois n’est pas homme à se défiler devant ses responsabilités. Du recrutement à la gestion des fins de contrat, du stage de reprise à Ibiza à un message de confiance transmis pendant l’été, quand tout le monde évoquait déjà les difficultés d’une saison post-titre, le Catalan sait qu’il a, aussi, raté des tournants dans cette saison cauchemardesque. Il fut pourtant un des premiers à tirer la sonnette d’alarme, dès le 9 septembre après la rouste rochelaise. La première de la saison. Souvenirs : « Il y a certains comportements qui ne sont pas acceptables. Et je ne vais pas vous dire : « Laissez-nous du temps, ça va s’arranger. » S’arranger ? Si on ne met pas d’actes sur nos paroles, rien ne va s’arranger. Il faut que les mecs réfléchissent à ce qu’ils ont envie de faire de leur saison. La bonne question, c’est celle-là : de quoi ont-ils envie ? » Il n’a pas toujours été entendu, par un groupe qui a longtemps cru que le sort s’inverserait en sa faveur, comme par enchantement. Ce coup de gueule a finalement trouvé une réponse malheureuse, sept mois plus tard.

Savoir rebondir

L’accident désormais acté, il reste aux Clermontois à repartir d’un meilleur élan, la saison prochaine. Avec des raisons d’y croire. Tout d’abord, l’intersaison leur laissera sept semaines de vacances, comme une sérieuse régénération que les corps réclament, avec une préparation physique à suivre de six semaines. De quoi retrouver de la fraîcheur. Du temps, aussi, pour se pencher sérieusement sur la problématique de la défense, parfois indigne cette saison. « Ce sera évidemment l’un des gros chantiers de notre été », confirme Azéma. Ensuite, Clermont a nécessairement appris de cette saison, sur ses manques. Ceux du leadership, déjà. « Cette fin de saison va me servir sur ce point, confiait Azéma pendant la semaine, finalement apaisé par la fin actée de ce long calvaire. Mon groupe découvre cette situation, il est déboussolé et je le sens bien. C’est un contexte où je peux scruter les réactions des cadres, l’émergence de nouveaux caractères ou les difficultés de certains. ça me servira pour la saison prochaine. » L’homme fort de l’ASMCA pourrait aussi renforcer son effectif d’ici à la reprise. L’arrivée d’un nouveau troisième ligne est évoquée, alors que Camille Gérondeau pourrait quitter l’Auvergne dès cet été, un an avant la fin de son contrat. Un ouvreur supplémentaire est également pisté (lire ci-contre). Revitalisée, renforcée, l’ASMCA aura enfin le confort de ne plus disputer la grande Coupe d’Europe. Ce qui est un embarras, de premier abord, a aussi ses avantages. Douzième du Top 14 en 2017, le Stade toulousain a profité d’un contexte exactement similaire pour se refaire la cerise. À Clermont d’en faire autant.