« Serfonsteyn »

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    « Serfonsteyn »
Publié le , mis à jour

Réunis depuis novembre au MHR, François Steyn et Jan Serfontein se sont imposés comme les leaders de l’attaque héraultaise. Réputés pour leurs physiques hors-normes, ils ne se limitent pas seulement à des perce-murailles, et Serfontein n’a lui encore montré toute l’étendue de son talent.

Le feu et la glace : deux éléments représentatifs de ces « faux jumeaux » infernaux. « C’est vrai que ça nous ressemble. Moi, je gueule tout le temps et je m’emporte souvent. Alors que Jan Serfontein est toujours tranquille. D’ailleurs, ça m’énerve quand il me demande de me calmer ! » François Steyn reconnaît sur une note d’humour l’ambivalence de caractères qui sépare deux personnalités aux antipodes : « Il est beaucoup plus sérieux et discipliné que je l’étais à son âge (25 ans, N.D.L.R.). Moi, tout m’apparaissait comme une blague ! […] Nous avons aussi deux styles de vie très différents, puisque j’ai trois enfants et lui n’en a pas. Jan passe son temps à étudier en dehors du rugby alors que je n’étais pas trop scolaire… » Le côté animal de Steyn « l’aboyeur » qui ne se prend jamais au sérieux dénote aussi avec la gueule d’ange de son compère, l’éphèbe Serfontein au corps sculpté et au sourire figé. « François est extraverti et à l’inverse, Jan est introverti. Il est très discret et ne parle pas ; là où Steyn est toujours en train de déconner et de mettre l’ambiance. Mais ils ont une passion commune pure pour le rugby et sont des mecs entiers, droits. Leur caractère s’exprime juste différemment », précise Vern Cotter.

Deux passionnés qui se sont rencontrés et liés d’amitié en juin dernier, comme le raconte le champion du monde 2007 (56 sélections) au travers d’une anecdote : « Lors des test-matches face à la France, je partageais ma chambre avec Jan. Les premiers soirs, quand j’étais en train de regarder la télé sur mon lit, en mangeant des friandises et en buvant du « Candy ‘Up », je le voyais me regarder du coin de l’œil. Jan est beau gosse, fait attention à son corps et aime ses abdominaux. Mais trois semaines après, je le surprenais en train de se servir dans ma réserve ! Je l’ai fait craquer. Une fois rentré aux Bulls, Jan m’envoyait une photo de lui durant ses vacances, en train de boire et manger ces produits."

Complémentarité cachée

Réunis et associés quatre mois plus tard au centre de l’attaque héraultaise, les compères n’étaient pas destinés par nature à évoluer côte à côte, à cause de profils jugés trop similaires sur le papier. Et pourtant, ces colosses sud-africains (1,91 m et 107 kg pour Steyn ; 1,87 m et 97 kg pour Serfontein) sont aujourd’hui devenus indéboulonnables du XV de départ du MHR. Des armes de destructions massives aux multiples facettes dixit le manager : « Ils sont tous les deux très physiques et savent donc attaquer fort la ligne pour chercher le duel, le défi. François peut être redoutable offensivement notamment au large, mais a surtout un gros jeu au pied. Là où Jan est plus sur un travail d’appuis au centre du terrain et de possession. Ils sont très complémentaires car il y en a un qui porte le ballon et l’autre qui peut taper loin. Mais au fond, ils sont capables de tout jouer. »

Verrou défensif du milieu du terrain des Cistes, ce duo est redouté ballon en main. Derrière le « dragster » Steyn, Serfontein apporte de l’incertitude. Notamment par ses changements d’angles de courses selon son ancien entraîneur chez les Bulls, Nollis Marais : « J’aime un premier centre capable de défier le rideau ou d’écarter très vite le jeu sur l’extérieur. Jan est ce genre de joueur, et son jeu dépasse largement le rugby de casse-muraille. » John McFarland, ex-coach de la défense des Boks, confirme : « Sur un terrain, il est physique et adore coller de gros tampons. En attaque, il est capable de marquer des essais spectaculaires en franchissant à l’intérieur avant de repiquer sur l’aile. » Intelligent, il a débuté le rugby en primaire comme numéro dix. Un poste que connaît aussi très bien son aîné. Un luxe stratégique pour Cotter : « On peut attaquer le milieu de terrain avec trois « playmaker ». Aaron (Cruden) et eux deux ont tous joué à l’ouverture. Pour la vision de jeu c’est parfait. Quand l’un est au sol, l’autre peut prendre sa place et on garde de la continuité dans notre jeu. »

Le meilleur serait à venir

Une alchimie qui ne s’est toujours pas totalement matérialisée sur le pré à Montpellier. En effet, ces deux éléments ne parviennent pas à combiner assez pour faire jouer après eux et se limitent parfois trop à un jeu direct stéréotypé. La cause ? Jan Serfontein n’est pas encore à son meilleur niveau (13 matchs et 4 essais avec le MHR). « Il n’a pas du tout atteint son potentiel maximum avec nous. Je l’avais remarqué lorsque j’étais avec l’écosse et qu’il avait joué contre nous en 2014 (victoire 55-6 de l’Afrique du Sud). Il m’avait impressionné. Mais comme pour Aaron (Cruden), le temps d’adaptation est long pour lui, car il a tellement de choses à découvrir et à maîtriser. L’an prochain ce garçon progressera encore car il reste jeune », assure Cotter.

Dans l’espoir de redevenir cet ouragan qui avait emporté en juin dernier sur son passage les tricolores, lors de trois raclées mémorables face aux Boks. Auteur d’un doublé, il avait impressionné son complice Steyn qui le croisait pour la première fois en sélection : « Pour moi, Jan a été le meilleur des joueurs des trois test-matchs contre la France cet été. » Et la métamorphose pourrait avoir lieu plus tôt que prévu, car l’intéressé monte en puissance et a livré son match référence avec Montpellier en mars, face au Racing 92 (deux essais) : « Au début, il a eu du mal à s’adapter car les compositions d’équipes changeaient beaucoup derrière. Mais il s’améliore au fil des rencontres et on se comprend de mieux en mieux. » Blessé depuis ce succès (genou), Serfontein s’est évertué à retrouver cette fraîcheur physique qui commençait à lui manquer (sur le pont depuis plus d’un an, il n’a connu qu’une coupure de trois semaines avant son arrivée en France).

Régénéré, il devrait montrer toute l’étendue de son talent dès samedi soir à l’Altrad Stadium face à Pau, où son retour est programmé. Cette paire de « faux jumeaux » pourrait alors devenir l’atout maître du MHR à l’aube des phases finales. Et prouver ainsi qu’en plus de s’attirer et de se compléter, les opposés peuvent se sublimer. 

Par Julien Louis (avec S.V et K.B)

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