Comment organiser un drop ?

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    Comment organiser un drop ?
Publié le , mis à jour

Avec l’imminence des phases finales reviennent fatalement les matchs au couteau, dont un simple drop en fin de match peut décider l’issue. Mais comment s’organiser pour placer son buteur dans les meilleures conditions pour récompenser le travail de toute son équipe ? Explications…

Les phases finales sont de retour. Et avec elles leur parfum particulier, de vie ou de mort. Celui des fins de match au couteau, des dernières seconde irrespirables, des scénarios tendus à l’extrême, où un tout petit point d’écart peut faire toute la différence entre une saison qui continue, et une autre qui s’arrête. Le genre de match, vous l’aurez bien compris, qui peut se décider sur un coup de dé, ou plus précisément sur un coup de pied. Celui d’un drop qui ne doit rien à personne, et encore moins à un arbitre logiquement peu enclin à prendre la responsabilité de siffler une pénalité et faire basculer une rencontre, à moins d’une faute évidente…

Le problème ? C’est que ce genre de scénario à suspense est paradoxalement tout à fait lisible. Entendez par là que la défense sait exactement ce que l’attaque cherche à faire… Rendant forcément plus difficile la réalisation du drop pour le buteur, que les adversaires chercheront logiquement à mettre sous pression. Voilà pourquoi, bien plus qu’un geste purement individuel, le drop doit être le fruit d’une préparation collective visant à placer le botteur dans les meilleures circonstances possible. C’est-à-dire dans l’axe des poteaux, et avec un maximum d’espace-temps pour réaliser son geste sans se soucier de la pression défensive. Une gageure ? Précisément. Et surtout un travail de longue haleine où la patience doit demeurer le maître mot. « Il n’y a pas vraiment de vérité pour choisir le bon moment, nous confiait voilà quelque temps Philippe Doussy, devenu depuis lors responsable des skills et du jeu au pied auprès du XV de France. Parfois, c’est dès le premier ou le deuxième temps de jeu qu’il faut saisir l’opportunité, parfois c’est tout le contraire… La seule certitude, c’est qu’il ne vaut mieux éviter de déclencher la passe dans l’axe pour le botteur après une sortie de balle lente, et surtout ne jamais le faire lorsque l’attaque se trouve sur le reculoir. C’est là que la patience et la maîtrise doivent entrer en jeu, où l’équipe qui tient le ballon doit être en mesure de ne pas paniquer, et s’organiser pour réenclencher la marche avant. »

Attendre deux avancées consécutives pour éjecter ?

Comment ? Généralement par un jeu à une ou zéro passe, fait de pick and go et de soutiens proches pour assurer la conservation. « Beaucoup d’équipes se rassurent avec des formes de jeu spécifiques proches de celles qu’elles utilisent pour manger le chronomètre en attendant la sirène, par exemple. Il y a les pick and go, bien sûr, mais aussi les structures en essuie-glace, un coup dans un sens, un coup dans l’autre… La différence, c’est qu’il s’agit d’avancer. Et qu’en fonction de la fonction de la partie du terrain où l’on se trouve, il faut être capable de prendre des risques face à une défense qui se resserre naturellement autour des phases de ruck. »

Le meilleur exemple réside probablement à ce titre dans la séquence de 41 temps de jeu réalisée par les Irlandais face au XV de France durant le dernier Tournoi. Une action sur laquelle, pour arriver dans la moitié de terrain française, l’ouvreur Jonathan Sexton n’avait pas hésité à alerter ses ailiers par le biais de passes au pied, afin de profiter du resserrement de la défense bleue au milieu du terrain. Cela jusqu’à porter l’estocade d’un maître coup de pied et une libération dans le bon timing, sous une pression finalement relative. « La séquence avait été tellement longue que lorsque Sexton a été servi par Murray, on n’a pas eu les ressources physiques ou la lucidité pour monter très vite sur son pied droit, nous avait confié sous le sceau du off un joueur du XV de France. Cela était le fruit du travail d’usure réalisé en amont… Si vous regardez bien l’action, nous n’avons manqué que deux plaquages sur les 41 temps de jeu. Sauf que ces deux plaquages ont été ratés consécutivement, et ont permis une avancée qui a mis notre défense sur les talons. Si bien que lorsque Murray a sorti le ballon pour Sexton, personne n’a pu anticiper et monter. » De là à conclure que le meilleur moment pour éjecter le ballon dans l’axe pour le drop se situe après deux avancées consécutives, et une dernière sortie rapide ? Sans vouloir jouer les théoriciens à la petite semaine, on ne se trouve probablement pas si loin de la vérité…

Nicolas Zanardi
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