"Dix" de der

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    "Dix" de der
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Très loin d’avoir tenu toutes ses promesses en termes de qualité jeu, la finale de Coupe d’Europe remportée par le Leinster face à une défense héroïque du Racing renvoie une drôle de vérité à la face du rugby français.

Par-delà le symbole Jonathan Sexton, stratège si discret au temps où il portait le maillot des Racingmen et redevenu le patron du rugby irlandais, c’est toute la problématique du demi d’ouverture qui s’impose à nous. Une énième fois.

Hélas, on rabâche à mesure des hoquets de l’histoire. Les « dix » du XV de France, et même de nos clubs, ont trinqué plus que n’importe quel autre poste. Sacrifiés pour l’exemple et souvent pour leurs difficultés à assumer la perfection absolue que l’on exige d’eux. C’est qu’au pays des Bleus un ouvreur doit savoir tout faire, et notamment de conjuguer une rigoureuse gestion des temps faibles avec de géniales inspirations qui l’amèneraient à sortir du cadre dans lequel la mode du rugby de récitation l’enferme au quotidien. Dans un monde idéal, il serait le feu et la glace… Voilà une vaste chimère qui nous fait valser d’un excès à l’autre, jalousant un jour le rugby anglo-saxon et le lendemain des traits de génie si latins.

Le résultat face à autant d’atermoiements ? Quand toutes les sélections majeures s’appuient sur un ouvreur de référence, le XV de France jongle avec les profils et les hommes. Le projet de jeu et la question -essentielle- de la formation ne sont pas seuls en cause. C’est aussi une question de main-d’œuvre puisque dans une très grande majorité des clubs de Top 14 figurent des ouvreurs venus des quatre coins du monde. Des stars -parfaitement légitimes- et leurs seconds -qui le sont forcément moins- occupent le poste et bouchent l’horizon des sélectionnables français. Combien sont titulaires quasi indiscutables ? Jalibert, Lopez, Trinh-Duc ou Belleau, Beauxis ou encore Michalak. On parlera bientôt de Ntamack et Carbonel. Et l’on parle enfin de Rémi Talès, valeureux pompier de service au Racing ce samedi face au Leinster, après les blessures de Carter et Lambie.

Le constat est cruel mais pourtant bien réel. Il manque souvent à nos ouvreurs ce supplément de maîtrise, ces repères et certitudes acquis au fil du temps passé sur le terrain, qui font la différence dans les moments cruciaux, quand tout bascule et que le moindre ballon vaut de l’or… Il manque de la confiance à des hommes qui sont mis sous pression, éternellement contraints de prouver et plus régulièrement encore de sauver la patrie en danger comme Talès, samedi à Bilbao… Il manque surtout de la profondeur à un réservoir trop limité pour faire naître une véritable émulation, et encore trop chiche pour donner envie aux présidents-recruteurs d’inverser le cours d’une histoire qui se répète inlassablement : de Wilkinson hier à Russell demain, les ouvreurs étrangers sont recrutés à prix d’or au bonheur des clubs.

Cette approche et ce court-termisme ne sauraient véritablement durer si l’on entend rivaliser avec les meilleurs. Il nous semble primordial que l’on se penche véritablement sur la problématique qui entoure le poste d’ouvreur en France et que l’on prenne enfin conscience du fardeau que l’on impose à nos « dix », jugés -répétons-le pour être clair- plus sévèrement que n’importe quel autre joueur… Formation, équilibre et complémentarité des postes, principes et culture de jeu, le chantier mérite plus que jamais l’ouverture. à moins que ce ne soit l’inverse…

Emmanuel Massicard
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