Ces parts d’ombre

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Disons-le d’emblée, ces demi-finales du Top 14 ficelées d’or par la Ligue sont devenues le sommet de notre saison, en club et à l’échelle nationale : festives, joyeuses, et à tous coups réinventées par les changements de lieux chaque année.

Disons-le d’emblée, ces demi-finales du Top 14 ficelées d’or par la Ligue sont devenues le sommet de notre saison, en club et à l’échelle nationale : festives, joyeuses, et à tous coups réinventées par les changements de lieux chaque année. Ce serait l’inverse de la finale, dont les sabots sont scellés dans la tradition et le béton de Saint-Denis, qui doit désormais compter sur les stars de la chanson pour remplir les gradins.

L’affaire n’a rien d’anodin et la Ligue devra sérieusement se pencher sur la question pour redonner à la finale une part de magie. Elle doit surtout croiser les doigts pour que les matchs à plus fort enjeu de la saison, les plus exposés et les plus médiatiques, parviennent à enfin briser le carcan du combat sol/sol et de la guerre des rucks dans lesquels tant d’équipes se murent aujourd’hui. Sans quoi, la magie ne tiendra pas éternellement.

Les barrages avaient déjà manqué d’éclat et de grandeur dans le jeu, les demies lyonnaises n’ont pas échappé à la tendance restrictive. Parole aux défenses et place aux autos tamponneuses. À force, on s’est ennuyé ferme vendredi soir et ce match trop vite plié par les gros bras du MHR, avec cette culture « boks » qui vire à la caricature. Tant que ça gagne et qu’importent encore les Jiff (ils seront comptabilisés en phase finale dès l’an prochain), Vern Cotter n’a aucune raison de modifier son plan de jeu, tout comme Christophe Urios doit s’accrocher à la bonne étoile qui plane au-dessus de son groupe.

Mais ne nous leurrons pas, le niveau de cette rencontre heureusement portée par le suspens reste largement décevant. Permettez-nous l’interrogation : pourquoi le Racing n’a-t-il pas tenté davantage, cherché la vitesse et l’espace plutôt qu’une succession de mêlées qui ont fait le bonheur du CO quand il était en infériorité numérique ? Ce Racing, que l’on pensait transformé, s’est perdu dans un rugby de trop peu, aveuglé par le combat et certainement par la peur de perdre… Du coup, il ne gagnera rien cette année et c’est sans doute la principale leçon qu’il convient de retenir après ce week-end lyonnais, aux contrastes parfois saisissants et aux points communs tout aussi déroutants.

Outre cette tendance démesurée pour le combat, ces demi-finales ont ainsi fait ressurgir les vieilles querelles autour de l’arbitrage et, malgré tous nos efforts, nous n’avons pas trouvé la clé de leur défense. Si les erreurs sont humaines, comment légitimer cet arbitrage vidéo demandé à la dernière seconde d’une rencontre pliée depuis le début ? Comment justifier le temps perdu en mêlée, à faire et à refaire des préparatifs quand l’affrontement se déroule sans problème sur la scène européenne ? Ce pourrait être une question d’approche, de philosophie, de hauteur et surtout d’exigence pour comprendre que l’ambition peut encore s’accommoder d’un rugby d’attaque qui ne franchit pas le cap des phases finales.

On veut croire que rien n’est inéluctable avant la finale d’Occitanie qui s’annonce, entre gladiateurs et guerriers… Il faudra surtout ne jamais oublier que samedi soir, dans la nuit de liesse des demi-finales qui nous aidait à oublier ce maigre butin rugbystique, un bus de Beaucaire s’est couché sur la chaussée. On ne se plaint dans ces colonnes, le plus souvent, que de rugby. Il y a tellement plus grave.

Emmanuel Massicard
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