« Babi » Boss

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Publié le , mis à jour

À 24 ans, Mathieu Babillot, promu capitaine en raison de la non-titularisation de Rodrigo Capo Ortega, a parfaitement assumé son rôle dans la tempête. Le jeune homme épate par sa précocité. Un choix payant du staff tarnais.

«Avec Babillot, nous préparons l’avenir, il correspond à ce que j’attends d’un leader. » Août dernier : Christophe Urios dévoile l’identité de son nouveau vice-capitaine, amené à seconder l’éternel Rodrigo Capo Ortega. Une décision comme un électrochoc pour « améliorer le fonctionnement des leaders ». « Je me souviens de cet entretien, évoque l’intéressé. Quand Christophe m’a proposé le poste, j’ai sans hésité répondu oui. J’adhère au projet et j’aime fédérer. Mais je n’aurais jamais cru que ça irait si vite. » À cette époque, ni le manager ni le joueur ne pouvaient imaginer les répercussions positives d’un tel choix.
Dix mois plus tard, au stade des demi-finales, le troisième ligne a pourtant bel et bien mené ses troupes d’une main de fer et d’une voix de ténor. À chaque tournant de la rencontre, il a posé son empreinte sur les événements. Après le deuxième essai des Franciliens, pour commencer : « Il a constitué un cercle et nous a dit de ne pas nous affoler, qu’il fallait garder confiance, raconte Julien Dumora. C’était nécessaire pour éviter de commencer à paniquer. » Au plus fort de la tempête, en deuxième période, il a maintenu le cap, envers et contre tout. Sans sourciller, même face à Rory Kockott, alors sur le point de craquer : « Je lui ai demandé de se calmer, raconte l’intéressé. Je suis resté poli mais je l’ai regardé dans les yeux et je lui ai clairement dit que s’il continuait, il allait prendre un carton. L’arbitre m’avait prévenu. Ça aurait coûté cher. » Le Sud-Africain, dans l’intérêt général, s’est effacé devant la sagesse de son cadet et est descendu d’un cran dans l’intensité. Une dizaine de minutes plus tard, Mathieu Babillot se trouvait cette fois au chevet de ses piliers, en première ligne du combat : « Je leur criais à l’oreille : « Allez, deux minutes et c’est le Stade de France, deux minutes ! » Il était interdit de lâcher. » Tantôt redresseur, tantôt harangueur, le néo-international a joué un rôle clé dans le succès des siens, par-delà ses dix plaquages à 100 % de réussite, ses huit charges, ses prises en touche et son sauvetage sur Juan Imhoff. Merci qui ? Merci patron !

« Je ne vais pas expliquer le rugby à Rory »

Au coup de sifflet final, le troisième ligne savourait légitimement la mission accomplie. « Je suis assez content d’avoir été capitaine sur ce match, c’est une petite fierté », sourit l’enfant du club. Entre autorité naturelle et écoute, humilité et sens des responsabilités, il a su s’approprier la fonction. Son comportement sur quatre-vingts minutes, samedi, en apporte une démonstration implacable : il n’existe pas d’âge pour être un bon capitaine. « Je ne vais pas me mettre à expliquer le rugby à Rodrigo ou à Rory, ils vont rigoler, ils ont tellement plus de matchs que moi. Non, je ne donne pas de conseils. Je cherche avant tout à calmer, à rassembler. C’est comme ça que je vois la chose. » En moins d’une saison, il a rallié tous les suffrages : « Il passe bien avec les vieux, les jeunes, les Français, les étrangers », estimait Christophe Urios l’été dernier. Antoine Tichit confirme : « Tout le monde va dans son sens. C’est un bon mec, il ne s’enflamme jamais, il respecte les anciens… » Anthony Jelonch est épaté par son partenaire : « Quand je le vois, j’ai l’impression qu’il a 30 ans. Il a une telle maturité. » « Il ne parlait pas beaucoup avant mais il a pris une autre dimension, juge Thomas Combezou. Il est très réfléchi mais sait hausser le ton. »
En plus d’une tête bien remplie et solidement ancrée sur les épaules, Mathieu Babillot possède un atout très personnel : son éducation 100 % CO. Le gamin de Chartres est arrivé au Lévezou à 10 ans, en 2003. Un an après un certain Rodrigo Capo Ortega… « La culture de club, nous voulons la développer avec les gens du cru », avait expliqué Christophe Urios. Un beau symbole ? Oui, mais pas seulement. Car quand le troisième ligne s’exprime, il ouvre grand son cœur et parle avec la plus intime des convictions : « Il insiste beaucoup sur l’identité castraise et tout ce qui fait sa force : le goût pour le combat, l’abnégation, l’envie de prouver, raconte Anthony Jelonch. Il y a un supplément d’âme quand il parle car il sait ce que tout ça représente. Ça s’est particulièrement vu lors de cet avant-match. » Toutes les équipes sont emmenées par un grand capitaine. Avec Rodrigo Capo Ortega, le CO en tenait déjà un. Il en compte désormais deux. Pour renverser Montpellier, il en faudra vingt-trois sur la feuille de match.

Vincent Bissonnet
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