Défense renversante, pas inversée

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    Défense renversante, pas inversée
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La stratégie de la défense castraise a probablement été l’une des clés les plus importantes de cette finale. Mais contrairement à ce que certaines actions ont laissé penser, le CO n’a pas usé de la « rush defense » pour renverser l’ogre montpelliérain. Éclairage.

L’image est trompeuse. À plusieurs reprises, Thomas Combezou sort de la ligne de défense comme un mort de faim, montant seul en pointe pour stopper le porteur de balle. À chaque fois, l’intensité est juste parfaite. Le timing aussi. Un peu à l’image d’une « rush defense » que les Gallois vénèrent et maîtrisent depuis des années. Sauf que. « Ce n’était pas une défense inversée parce qu’on ne la pratique pas, a souri le manager castrais Christophe Urios à l’issue de la rencontre. Disons que c’est notre façon de défendre. Quand tu joues Montpellier, si tu les attends, tu prends le risque de vite finir dans l’en-but. » Alors certes, les Tarnais ont concédé un essai de pénalité sur une mêlée enfoncée, alors qu’elle évoluait à quatorze contre quinze après le carton jaune infligé à Loïc Jacquet (54e), mais, dans le jeu courant, jamais les joueurs d’Urios n’ont été pris à défaut. Au contraire. Mathieu Babillot et ses partenaires ont étouffé les Montpelliérains, ne leur laissant jamais le moindre espace pour se lancer et prendre de la vitesse. « Combezou est sorti plusieurs fois de la ligne pour nous obliger à revenir l’intérieur et nous couper les solutions pour aller chercher Nemani (Nadolo) ou les extérieurs, a pesté l’ailier du MHR Benjamin Fall. Ils nous ont fait déjouer. » Et Urios d’ajouter, sourire aux lèvres : « J’ai trouvé que dans leur organisation offensive, ils n’étaient pas dangereux. Ça ne bougeait pas, ça ne variait pas. Comme s’ils étaient surpris par notre défense. Moi j’ai vraiment été surpris qu’ils soient surpris. »

Sans solution

À aucun moment, les Montpelliérains n’ont varié leur jeu pour tenter de déchirer le rideau défensif, facilitant le travail de leurs adversaires. Et puis, les Castrais ont orchestré leurs montées défensives à la perfection. D’abord, dans l’état d’esprit. L’agressivité avec laquelle ils se sont appliqués à « dézinguer » chacun des porteurs de balle a ébloui le Stade de France, provoquant parfois un râle de plaisir teinté de stupéfaction. Ensuite, ils se sont attachés à surtout faire tomber le premier adversaire. Quitte à accepter de reculer de quelques centimètres. Et encore, ce fut rare. « C’est exactement ce qu’il fallait faire pour contrer la densité physique des joueurs de Montpellier, souligne l’ancien demi de mêlée international Guy Accoceberry. Sur les plaquages, il y avait toujours un mec en haut et un autre au niveau des jambes pour vite faire tomber. Ils les ont empêchés constamment de faire ce petit mètre supplémentaire qui leur permet d’être dangereux. C’était vraiment bien pensé et bien mis en application. Rien à dire. Et même quand Montpellier, à de rares occasions, a réussi à enclencher de la vitesse, on a vu des joueurs, comme Combezou, par exemple, sortir de la ligne pour casser l’attaque adverse. » Montpellier en a perdu son rugby autant que son latin. Et Picamoles et les siens sont apparus sans solution, totalement désœuvrés, quand Castres, à qui l’on promettait l’enfer face à la densité physique de leur adversaire, s’est finalement envolé en direction du paradis.

Arnaud Beurdeley
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