« Kockott a mangé le cerveau de Pienaar »

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    « Kockott a mangé le cerveau de Pienaar »
Publié le , mis à jour

Guy Accoceberry - Ancien demi de mêlée international. Par-delà une victoire stratégique du Castres Olympique, Guy Accoceberry, qui a évidemment porté un regard pointu sur le duel que se sont livrés Rory Kockott et Ruan Pienaar, s’est enthousiasmé de la performance affichée par la charnière du CO.

En quoi le rôle de la charnière castraise a été décisive dans cette finale ?

La charnière de Castres a été exceptionnelle. Elle a fait le match qu’on attendait d’elle pour rivaliser avec celle de Montpellier. Kockott d’entrée a mis un très bon tampon à Pienaar durant les cinq premières minutes. Il le prend un peu à retardement, mais c’est une façon de marquer un peu son territoire, de lui dire : « Hey papa, je suis là. » En rentrant au vestiaire à la mi-temps, je l’ai aperçu avec le sourire aux lèvres sur l’écran géant et partir en courant. Du coup, je me suis levé pour le suivre des yeux jusque dans le couloir. Il s’est mis à côté de Cruden et lui a parlé jusqu’au vestiaire. Je suis sûr qu’il n’a pas arrêté de le chambrer sur vingt mètres. Durant tout le match, Kockott a mangé le cerveau de Pienaar, mais aussi de tous les Montpelliérains. C’est aussi ça le rôle d’un demi de mêlée. Et surtout, avec Urdapilleta, ils ont su jouer exactement la partition qu’il fallait. Du jeu au pied précis dans les angles, de la vitesse quand cela s’imposait et une énorme défense. Tout y était, rien n’a manqué. En revanche, la charnière de Montpellier est passée complètement à travers, elle n’a pas été à la hauteur d’une finale. Je me pose la question : comment une charnière avec autant d’expérience, autant de qualités, peut-elle passer autant à côté d’une finale ? Franchement, c’est incompréhensible.

Pensez-vous que Pienaar a été contrarié par le fait que son équipe a moins joué dans l’avancée que d’habitude ?

Ce sont des choses qui arrivent parfois, j’espère simplement que les Montpelliérains avaient envisagé cette possibilité durant la semaine de préparation. À la lueur de la qualité défensive des Castrais notamment sur cette phase finale, il était prévisible de rencontrer des difficultés à ce niveau-là. Seulement, c’est hallucinant que les Montpelliérains n’aient pas su varier leur jeu. Jouer au pied, c’est bien mais alors de façons différentes. Là, ils sont restés figés sur leur schéma. Pourquoi ne pas avoir utilisé du pick and go pour aller chercher Castres dans l’axe, pour essayer de resserrer la défense adverse ? Ils ont essayé de jouer quelques ballons portés en deuxième mi-temps alors qu’ils n’en ont pas du tout structuré en première. C’était pourtant une arme intéressante. Cela a franchement manqué de variété dans le jeu. Mais ce n’est rien à côté du déchet technique affiché. Du jeu au pied imprécis, des ballons tombés, la première mi-temps a été catastrophique.

Comment expliquez-vous cette accumulation d’erreurs commise par Montpellier ?

Durant tout le match, Montpellier a manqué un peu d’intelligence dans le jeu. Un exemple ? Alors qu’ils viennent de marquer un essai (56e), qu’ils ne sont plus qu’à six points de Castres, avec une supériorité numérique suite au carton jaune de Jacquet (54e), Picamoles commet une grosse erreur sur le renvoi. La réception est bonne, mais au lieu d’assurer la libération du ballon proprement pour vite repartir jouer dans le camp adverse, il cherche à avancer, à gagner cinquante centimètres de plus. Résultat : il se fait coffrer et l’arbitre donne une mêlée aux Castrais. En suivant, le CO marque trois points de plus et reprend neuf points d’avance. Et malheureusement, pour Montpellier, des petites erreurs comme celle-ci, il y en a eu beaucoup trop. De manière incroyable.

Avez-vous le sentiment que Montpellier a perdu le match durant sa semaine de préparation ?

C’est difficile à dire, mais effectivement pour passer autant à travers, c’est qu’ils ont raté quelque chose dans leur préparation. Ils ont probablement revu leurs gammes, pensé à leur jeu en se disant que ça aller passer. Et sans réfléchir aux problèmes que Castres pouvait leur poser. Il aurait fallu réfléchir à un plan B. Ils ne l’ont pas fait ou alors ils n’ont pas su le mettre en application. Clairement, Montpellier ne mérite pas d’être champion. Car un champion doit savoir s’adapter.

Surtout que la défense castraise, avec des montées défensives très agressives, a vraiment contrarié le MHR…

C’était exactement ce qu’il fallait faire pour contrer la densité physique des joueurs de Montpellier. Sur les plaquages, il y avait toujours un mec en haut et un autre au niveau des jambes pour vite faire tomber. Ils les ont empêchés constamment de faire ce petit mètre supplémentaire qui leur permet d’être dangereux. C’était vraiment bien pensé et bien mis en application. Rien à dire. Et même quand Montpellier, à de rares occasions a réussi à enclencher de la vitesse, on a vu des joueurs, comme Combezou, par exemple, sortir de la ligne pour casser l’attaque adverse. Avec une franche réussite.

Peut-on parler d’une victoire stratégique ?

Les Castrais ont fait le match parfait, ils ont su appliquer leur système de jeu à la lettre. Ils ont vraiment récité leur rugby, avec un pourcentage de réussite au pied très bon. Si Montpellier avait joué à son niveau, le match aurait probablement été plus équilibré. Mais le jeu montpelliérain a été très inférieur à ce qu’il est d’habitude. Ils sont restés figés sur un jeu à une passe, sans chercher d’alternative, alors que les Castrais ont su aller sur les extérieurs pour déplacer le jeu quand cela s’imposait.

D’ailleurs, n’ont-ils pas joué un peu contre nature sur cette finale ?

C’est sûrement vrai. Ils savaient que Nadolo n’était pas un grand défenseur, ils ont su aller jouer dans sa zone. Les deux brèches ouvertes, dont celle qui amène le premier essai, sont dans la zone de Nadolo. Tout a été pensé, réfléchi et appliqué à la lettre. Je ne veux pas en rajouter mais je pense que Christophe Urios a fait un travail remarquable. Alors que j’attendais beaucoup mieux de la part de Montpellier.

Arnaud Beurdeley
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