Défense, des choix douteux

Les Français se sont sabordés en deux temps, dans des choix défensifs hasardeux. Décryptage.

Le film du match indique ceci : au retour de la mi-temps, les Bleus tenaient la dragée haute à des Néo-Zélandais brouillons, mis sous pression et globalement gênés par l’investissement défensif des Français. Avant que ceux-ci n’explosent (44-0 encaissé dans les trente dernières minutes). Deux temps bien distincts dans le match, donc deux matchs en un ? Pas si simple. Les Bleus, en réalité, souffraient déjà en première période. Pris sur la possession (65 % en faveur des Blacks) et dans toutes les données statistiques (franchissements, défenseurs battus, conquête), ils ne devaient leur salut qu’à certains faits de jeu favorables, dont un essai refusé à la vidéo. Mais aussi une défense qui, alors, tenait encore bon. « On avait une bonne ligne, présente, dure sur l’homme, qui se relevait très vite. Ce qui nous a permis de les faire douter », analysait Yoann Maestri après coup. Les fruits d’un plan de jeu. Les Bleus avaient pris le pari de délaisser les zones de ruck, de ne pas s’y consommer et de ne jouer que les contests « à 100 % », lorsque l’opportunité était évidente. L’objectif : reconstituer le plus rapidement possible un premier rideau dense et fort, pour intensifier la pression physique sur le porteur de balle et obliger les Néo-Zélandais à commettre des imprécisions. Objectif atteint, les hommes de Steve Hansen ayant multiplié les en-avant. En procédant ainsi, les Français ont toutefois facilité les libérations de balle adverses. Des libérations rapides et une prise de risque immense, tant on sait que les Néo-Zélandais en raffole. « Mon boulot est d’accélérer le jeu et les rucks. De nettoyer le jeu et d’écouter ce qui se passe autour de moi. C’est finalement très facile et amusant de jouer avec les All Blacks : j’arrive au ruck, le ballon est propre et je n’ai plus qu’à chercher la bonne zone où accélérer », se délectait le demi de mêlée Aaron Smith pendant la semaine. Ce rythme, les Bleus l’ont supporté durant cinquante minutes. Comme beaucoup d’autres avant eux. Avant d’exploser, comme usés et d’encaisser une avalanche d’essais. Comme beaucoup d’autres avant eux.

Brunel : « Sommes-nous capables de le rectifier ? J’espère »

L’autre point qui a contribué à faire plonger l’équipe de France tient aux systèmes défensifs. Si la tactique des rucks était anticipée, les erreurs de systèmes étaient subies. Ce qui faisait enrager Jacques Brunel, dimanche matin, au moment de débriefer cette lourde défaite. « Par moment, nous avons pris des décisions différentes dans la ligne. Certains étaient pour une défense en contrôle, d’autres pour les presser. D’autres, enfin, cherchaient à fermer les extérieurs. Ce sont beaucoup d’incohérences qui nous ont mises en grande difficulté. Comme tous nos dysfonctionnements sur notre rideau défensif. » Des critiques proches de l’agacement, sur lesquelles le sélectionneur est revenu à plusieurs reprises. « Si on regarde les statistiques de plaquages manqués, il n’y en a pas beaucoup : 9 %, de mémoire. Ce n’est pas énorme. En revanche, des erreurs de placements, là, oui, il y en a beaucoup. » Une tendance létale, qui s’ajoute à une autre statistique : « Nous avons trop souvent perdu la ligne d’avantage. C’est beaucoup (56 %). C’est même énorme, à ce niveau. Nous avons trop subi et chaque fois, ils ont joué dans l’avancée », poursuit Brunel. Ce constat, dur mais réaliste et qui explique en grande partie la dérouillée de la fin de match, est-il rédhibitoire ? Brunel veut croire que non : « Notre défense a fonctionné il n’y a pas si longtemps pendant le Tournoi. Elle était présente et régulière, elle n’avait pas connu de couac. Là, il y en a eu un gros. Il faut retrouver nos codes et il n’y pas de raison qu’on n’y parvienne plus ! » Un vœu pieu, plutôt qu’une assurance. « Je sais que nous sommes capables de le rectifier. Est-ce qu’on sera capable de le faire en trois jours et trois entraînements ? J’espère. Au moins, il faut en combler une partie. »