La Barrett dépendance

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    La Barrett dépendance
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Aussi infini soit-il, le réservoir des All Blacks comporte une faille : sans Beauden Barrett, cette équipe n’est plus la même.

Les All Blacks profitent, sans aucun doute possible, du réservoir de joueurs le plus important de la planète. Et de loin. Regardez un peu : malgré les absences de Dane Coles, Brodie Retallick, Kieran Read ou Sonny Bill Williams, ils alignaient une équipe qui justifie son statut de numéro un au classement World rugby. Et encore : lors des deux premiers test-matchs face aux Bleus, Hansen et son staff se sont offert le luxe de laisser, en tribunes, des joueurs de la trempe de Nehe Milner-Skudder, Waisake Naholo, Jack Goodhue ou Richie Mo’unga. La vie est belle, le choix compliqué. Aussi puissant soit-il, l’effectif comporte pourtant ses dépendances. Donc ses failles et ses fragilités. « Quand ils sortent rapidement Beauden Barrett, qu’Aaron Smith est remplacé pour le protéger, qu’il leur manque quelques cadres comme Retallick, Coles ou Read, on a pu voir, sur la fin de match, qu’ils ne sont plus si souverains », analysait Laurent Labit, dimanche à l’hôtel des Bleus, à quelques heures de rentrer en France. Il y a quelques mois, au sortir de la tournée de novembre ratée par le XV de France, Vern Cotter livrait un verdict similaire. « Il manque trop de joueurs cadres aux Bleus pour qu’ils soient vraiment performants. Toutes les équipes sont soumises à cette dépendance, ce jeu l’impose. On voit les All Blacks exceptionnels et capables de changer le XV de départ en intégralité sans impacter la copie rendue. C’est faux. Enlevez-leur les playmakers, les joueurs qui prennent les bonnes décisions au bon moment, et vous verrez qu’ils se trouveront affaiblis. » C’est effectivement ce qu’on a pu constater, samedi, avec une performance clairement décevante des Néo-Zélandais, trop gênés par le pressing défensif des Bleus et qui, même à 15 contre 14, n’ont jamais semblé prendre le dessus.

McKenzie ou Mo’unga à l’ouverture ?

Plus encore que ses coéquipiers, Beauden Barrett est l’élément de base de cette équipe All Black. Rarement blessé, ses absences confirment à quel point il est primordial au système construit par Steve Hansen. Mais Barrett, victime d’une commotion cérébrale à Wellington, pourrait rater le dernier test-match.Pour le remplacer, les solutions ne manquent pas. Quelle est la bonne ? La logique imposerait la promotion de Damian McKenzie en numéro 10, le poste qu’il occupe le plus souvent avec les Chiefs (douze titularisations cette saison, contre une seule au poste d’arrière). Problème : étincelant lors de son entrée en jeu à Auckland, à l’arrière, McKenzie a été bien plus en difficulté, samedi à Wellington, lorsqu’il est entré à l’ouverture. Premier grief : face à la réorganisation française, avec Gourdon régulièrement positionné au centre et un fond de terrain couvert par le trio Thomas-Fickou-Parra, le kid d’Invercargill n’a jamais trouvé la bonne solution ni le bon espace, que l’infériorité numérique des Bleus ouvrait forcément. Un constat que partage Steve Hansen. Sans pour autant le charger. « Il serait trop facile de charger uniquement Damian, pour ce qui est finalement une prestation d’ensemble mauvaise, pauvre, de toute l’équipe. La première des choses que je dois faire, c’est de réfléchir à la manière dont moi, coach, j’ai mené cette semaine de travail jusqu’au match. Qu’ai-je raté ? Ai-je composé la bonne équipe ? Damian, lui, n’est qu’un élément de réponse. » Hansen, en suivant, le couvre même franchement. « J’ai envie de voir Damian sur une plage de travail continue. » La tendance du dimanche, en Nouvelle-Zélande, laissait toutefois entrevoir une autre solution. Parmi les trente-trois joueurs retenus par Steve Hansen, on trouve Richie Mo’unga, ouvreur des Crusaders. Une option qui permettrait de reconstituer le duo de Christchurch Mo’unga-SBW au milieu du terrain, Sonny Bill Williams étant annoncé de retour. McKenzie pourrait alors commencer à l’arrière, à un poste où il est moins exposé. « Je ne suis pas venu pour faire le nombre et tenir les boucliers aux entraînements, assumait Mo’unga pendant la semaine. Je veux montrer de quoi je suis capable. Je ferai ce qui est le mieux pour l’équipe, mais je veux aussi montrer à Beaudy (Barrett) et Damo (McKenzie) que je suis là ». Une ambition qui pourrait être assouvie, la semaine prochaine.

Léo Faure
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