Et maintenant ?

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Autant le dire tout de suite, l’électrochoc décrété par Bernard Laporte quand il décida de remercier Guy Novès pour confier les clés de la sélection à Jacques Brunel est à ce jour un échec. Parce qu’il n’a pas réanimé le XV de France, toujours moribond. Et parce qu’il fait peser autant de pression sur les épaules du président de la FFR que sur celles de son sélectionneur.

Le premier va ainsi ramer à l’instant de justifier devant les tribunaux le licenciement de Novès pour faute grave, et le second n’a plus que huit matchs d’ici au Mondial 2019 pour éviter la catastrophe d’une élimination en poule. 

Tout ça pour ça, serait-on tenté de dire. S’il faut louer le nouvel élan impulsé par le sélectionneur qui fédère et entraîne avec lui les techniciens du Top 14, les trois échecs concédés face aux All Blacks plombent encore davantage son bilan (six revers pour deux succès) et creusent un déficit de confiance toujours plus grand. 

Pour autant, tout n’est pas à jeter de ces trois semaines passées en Nouvelle-Zélande. D’abord parce que Brunel doit désormais y voir un peu plus clair dans le futur choix des hommes qu’il devra opérer dans un an en livrant 30 noms pour la Coupe du monde. Le Gersois a dû noter quelques retours rassurants (Parra et Fofana, entre autres) et de belles promesses (Bourgarit, Galletier, Babillot, Priso…).

Malgré les absences, un groupe se dessine autour de lui. Et l’on commence même à y voir plus clair dans les intentions, avec des axes forts qui se dégagent : les Bleus sont performants dans la conservation, par un jeu direct pour pilonner l’adversaire, et peuvent être dangereux offensivement quand ils portent rapidement le ballon sur les extérieurs. 

Face aux All Blacks, cela n’a pas suffi. Et les trois tests conclus par 127 points encaissés pour 38 marqués renvoient nos Bleus à leurs chères études. A tout dire, ce rugby estampillé Top 14 nous a tout juste permis de résister la moitié du temps, avant de céder face à une cruelle vérité : quand la Nouvelle-Zélande accélère le XV de France est immédiatement dépassé. Certaines de nos lacunes -en défense et dans le secteur de la touche- sont dès lors rédhibitoires et profondément désespérantes.

Que faire, désormais ? Même si cela peut vous paraître paradoxal, il convient d’y croire et de s’accrocher aux éléments positifs qui se dégagent. D’abord parce que, c’est heureux, nous n’affronterons pas les doubles champions du monde tous les jours (clairement pas avant la phase finale du Mondial) et ensuite parce qu’il n’est plus temps de tout casser. 

S’il nous manque certainement beaucoup de la vitesse qui offre son pouvoir magique à ce jeu des Blacks que nous envions tous, le XV de France doit désormais assumer son pragmatisme, son goût pour le duel et les défauts de ses joueurs les plus offensifs pour ne plus retenir que l’étincelle dont ils sont porteurs. Brunel et son staff doivent surtout offrir du temps de jeu, de la cohésion et des automatismes à ces hommes qui ont défié les Néo-Zélandais de Steve Hansen. Car c’est bien avec une partie de ces Bleus-là et quelques-uns des blessés restés France qu’il faut se préparer à relever le premier défi de la Coupe du monde 2019 : battre avec l’Angleterre et/ou l’Argentine pour sortir de la phase de poule. Et, vu notre situation, cela relève déjà d‘un véritable exploit.

Emmanuel Massicard
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