Le système D

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Avec le plus petit budget de la division, les Massicois seront encore les petits poucets du championnat. Jusque-là, ils s’en sont parfaitement accommodés.

S’il fallait désigner un espace du stade Ladoumègue qui symboliserait le mieux ce club où tant de choses on été faites, et où tout reste à faire, dans cette position encaissée dans la banlieue où l’avenir se dessine lentement, l’espace réservée au groupe professionnel au premier étage offrirait un panorama incomparable. Les trois entraîneurs Didier Faugeron, Stéphane Gonin et Benoit Larousse, qui se partagent deux bureaux de 6m2 chacun, développent leurs combinaisons sur un écran de récupération. La salle de vie attenante, complètement défraîchie, a été garnie depuis peu d’un espace de visualisation des vidéos pour les joueurs, deux tables montées sur quatre tréteaux, et quelques ordinateurs hors d’âge récupérés eux aussi. « Ça fait rêver, hein ? », plaisante Faugeron.

Son ironie n’est jamais loin au sujet des ressources dont il dispose. Le club de Massy ne cesse de grandir mais souffre toujours d’un déficit de moyens. La municipalité a financé des travaux d’agrandissement pour 4 millions d’euros à Jules-Ladoumègue, ce qui devrait permettre d’augmenter l’économie du stade. Mais un éclairage performant fera encore défaut. Depuis la livraison du nouvel espace réceptif, les bénévoles se battent pour conserver le barnum et sa convivialité, où se déroulaient les après-matchs depuis quelques années. Les quarante deux joueurs se partagent toujours vingt-huit casiers dans le vestiaire. Il a fallu l’intégration du préparateur physique Nicolas Jeansoule pour que l’équipe dispose enfin, grâce à ses entrées à Clinalliance, d’un centre de récupération après les rencontres.

Un fragile équilibre

Depuis huit ans et la séquence mortifère qui avait manqué de provoquer un dépôt de bilan, les dirigeants alchimistes de Massy ont transformé des fonds propres négatifs (-400 000€) en positifs (+400 000 €) sans disposer d’investisseur d’envergure. Le plus grand partenaire ne met pas plus de 5 % au pot. Cet exercice d’équilibriste est appréciable alors que tant de bastions sont tombés. Mais il touche des limites apparentes dès lors que les promus aixois et burgien affichent des moyens supérieurs. Quand débutera la saison, les Essonniens disposeront toujours de la plus petite masse salariale (1,5 million d’euros). Alors que leur budget sera aussi le plus mince, ils en reverseront 25 % à l’association pour financer la formation, établissant le record du monde professionnel.

Ce club créé dans les années 1970, qui a gravi peu à peu les échelons jusqu’à la reconnaissance nationale, est une comète dont la course pour rester ascendante, « aurait peut-être besoin d’un mécène proche de nos valeurs pour nous permettre d’aller plus loin. La porte est ouverte », envisage le coprésident François Guionnet, rejoint mercredi soir à la tête de la Sasp par José Ramos. Ce partenaire historique (Essonne TP) a été élu coprésident par le comité directeur alors que François Guionnet a pris du galon chez Renault, un nouveau poste de responsable des secteurs pour superviser trente-six pays. Les Massicois jonglent en permanence avec toutes les balles dont ils disposent. Face à la prédation des clubs du Top 14 sur sa jeunesse, ils viennent de signer un partenariat privilégié avec le Stade français. Ils compensent la faiblesse de leur masse salariale par la proportion de 25% de l’effectif constitué par la jeunesse la plus prometteuse restée au club. Les anciens, promus de Fédérale 1, sont officiellement devenus des cadres du Pro D2. « C’est la filière qu’on rémunère avec des pesetas », dit-on au sujet de Johannes Graff, le trois-quarts sud-africain recruté en Espagne, comme l’ouvreur Sam Katz avant lui. La dernière recrue, le troisième ligne Julien Dumoulin, vient de Chambéry, en Fédérale 1.

Le premier objectif sera de remplacer sur le terrain les activités du centre-ailier dynamiteur Lester Etien (parti au Stade français), du troisième meilleur buteur du dernier Pro D2, Thomas Girard, parti à Colomiers, et de la courroie de transmission, Clément Ancely, parti à Grenoble. Quelles nouvelles tête émergeront de ce collectif qui, la saison dernière, a produit des matchs remarquables ? Pour que le miracle permanent de la présence en Pro D2 perdure, pour ce club qui chaque saison exploite 100 % de ses moyens, des roses devront toujours éclore sur le bitume.

Par Guillaume Cyprien

 

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