"Etre à Massy, cela signifie quelque chose"

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    "Etre à Massy, cela signifie quelque chose"
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Confronté à une prédation des clubs du Top 14 sur ses jeunes joueurs, le coprésident de la SASP François Guionnet évoque les pistes à suivre pour les convaincre d’achever leur formation au club.

Des moins de 16 aux moins de 18 ans, douze de vos internationaux, dont Jordan Joseph qui a brillé avec les moins de 20 ans, ont été recrutés par les grands clubs pros. D’où vient cette fuite des talents ?

Nous avons effectivement été confrontés à une activité inhabituelle des clubs du Top 14. Cette intensification des recrutements précoces a pu être provoquée par plusieurs facteurs. La future réforme des indemnités de formation et les exigences croissantes de l’intégration des Jiff ont joué leur rôle. Enfin, et je crois que ce facteur est essentiel, le fonctionnement des grands clubs pros est parvenu à un certain degré de maturité. Ils sont dans une logique d’entreprise, d’acquisition de ressources. Nous devons tenir compte de cette évolution.

Votre modèle repose sur l’intégration de cette jeunesse en équipe première. Ce modèle « à l’auxerroise » est-il en danger ?

Faisons une projection : si nous devions perdre chaque année douze de nos meilleurs jeunes, nous arriverions à une cinquantaine de départs de joueurs prometteurs en quatre ans. Nous évoquons uniquement le cas de ceux qui nous quittent. Mais le nombre de ceux qui ont été contactés est impressionnant ! Prenez le cas de Lester Etien, qui a décidé de rejoindre le Stade français. Il était passé hors des radars des sélectionneurs. Il a bénéficié d’une longue formation chez nous et a grandi pendant quatre saisons en première. Nous sommes heureux qu’il nous quitte pour le Top 14. Il est le symbole de notre ambition. Mais si les clubs nous prennent trop précocement ce type des joueurs, ce modèle sera effectivement en danger.

Comment le sauvegarder ?

En gardant nos futurs Lester Etien aussi longtemps que Lester Etien. 

Comment ?

Nous voyons la poutre dans l‘œil de certains grands clubs mais il faut aussi voir la paille que nous avons dans le nôtre. Nous devons améliorer certaines choses dans notre fonctionnement pour favoriser la décision des joueurs de finir leur formation chez nous. Il me semble que la génération Y n’a pas fait de l’amour du maillot sa valeur cardinale mais qu’il est possible de lui parler autrement. 

Quels leviers devez-vous actionner ?

Le lien entre notre équipe première et la formation doit encore être renforcé. Les jeunes veulent prendre du plaisir et se faire remarquer. Le jeu pratiqué par notre équipe seniors doit leur permettre de concilier ces deux impératifs. Ils ne doivent pas craindre, non plus, lorsqu’ils s’engagent, de jouer la saison suivante en Fédérale 1. Le club doit consolider une position durable en Pro D2. Et nous devons sans cesse produire des « succes story » à la Lester Etien. Alors nos jeunes pourront croire que leur avenir passe par nous. 

Etes-vous inquiet sur la pérennité de ce modèle ?

Pas du tout. Nous sommes combatifs et réactifs comme nous l’avons toujours été. Nous commencerons la saison avec trente et un Jiff dans notre effectif. La moitié a été formée à Massy. Et plus de 50 % de notre effectif est au club depuis plus de cinqans. Ce sont des marqueurs de fidélité à ce que nous sommes. Les joueurs adhèrent. En tant que président, j’ai la chance de les voir désespérés lorsqu’ils perdent. être à Massy signifie quelque chose.

Propos recueillis par Guillaume Cyprien

Anonyme
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