Clermont : un volcan se réveille

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    Clermont : un volcan se réveille
Publié le , mis à jour

Après une saison décevante marquée par une élimination à domicile en quarts de finale de Champions Cup et une piètre neuvième place au classement en Top 14, les Clermontois ont retrouvé les terrains après une trève inhabituellement longue de sept semaines. De quoi régénérer les corps et les esprits et faire naître les meilleurs espoirs pour la prochaine saison, que les jaunards enfin le luxe de débuter après une préparation physique digne de ce nom. Une première depuis plus de dix ans…

Ce sont toujours les mêmes odeurs, les mêmes plaisanteries, les mêmes rites. Pour les rugbymen, les reprises se suivent et se ressemblent. Sauf que celle-ci avait pour Clermont un goût particulier, et cela à double titre. D’abord parce que celle-ci fait suite à un exercice 2017-2018 copieusement raté. Mais surtout parce qu’en conséquence de ce premier constat, les joueurs auvergnats ont pu se retrouver dans un état de fraîcheur convenable, après sept semaines de régénération, en perspective d’un travail étalonné sur huit semaines. Un pur luxe comparé aux trois saisons précédentes, que les Jaunards ont été contraints d’attaquer avec trois pauvres semaines de travail physique dans les pattes, jusqu’au point de rupture physique atteint la saison dernière… "Ce n’est jamais un plaisir que d’attaquer une préparation physique, mais il faut passer par là, philosophait l’ouvreur Camille Lopez, en quête de sensations après sa terrible fracture de la malléole. C’est une étape obligatoire, qui peut être la clé de la future saison. Cela fait dix ans que le club n’avait pas bénéficié de huit semaines de préparation, il faut donc en profiter. On se plaint toujours que l’on joue trop en France, que l’on n’a pas assez de temps pour se préparer, ce qui est d’autant plus vrai quand on va loin dans les compétitions. Alors pour une fois que l’on peut bénéficier d’une préparation longue, on ne va pas cracher dessus." Un gage de réussite, combiné à l’esprit de revanche qui émane nécessairement du groupe après une saison indigne sur le plan des résultats ? "Il n’y a pas de vérité, dégonflait l’expérimenté troisième ligne Damien Chouly. L’effectif n’a pas trop bougé, c’est déjà du temps de gagné en matière de cohésion. Il ne faut pas se mettre la tête au fond du seau avec ce qui s’est passé l’an dernier, mais ça n’amènera rien non plus de jouer la politique de l’autruche. Il faut que chacun regarde ses responsabilités en face, et hausse son niveau d’exigence afin d’arriver fin prêt pour le début de la saison. On a payé pour savoir ce qui pouvait arriver en passant au travers des quatre, cinq premiers matchs, comme ça a pu être le cas l’an passé."

Recherche des timings et "toucher néo-z"

Or, force est de constater que le message est plutôt bien passé en interne, à la grande satisfaction de Franck Azéma. "Heureusement qu’il y a de l’envie, l’inverse aurait été surprenant, pointait le manager. À nous de canaliser ça et de rester efficace dans ce qu’on veut faire." Ainsi, après le « Bronco test » réalisé lundi matin dont les résultats furent globalement satisfaisants, c’est un effectif plutôt affûté et enthousiaste qui s’est regroupé l’après-midi sur le terrain annexe du stade Michelin, pour un entraînement axé sur la technique individuelle, la recherche des timings en attaque et le rappel des principes de défense, avant d’être conclu par une épouvante session de physique avec ballon sous forme de "toucher néo-Z" à 7 contre 7, au cours de deux matchs de deux fois deux minutes. De quoi solliciter énormément les organismes, à l’image du jeune Vili le souffle coupé par un plongeon dans l’en-but, et faire toucher du doigt aux joueurs les exigences de la prochaine saison. "Nous avions quelques devoirs à faire durant nos vacances et nous savions que ça allait commencer fort, souriait Damien Chouly. Et nous n’avons pas été déçus… Il valait mieux se préparer un minimum, s’amusait un Camille Lopez devenu fervent pratiquant de paddle-tennis durant l’été. Si on n’avait rien fait, on aurait peut-être pu tenir deux ou trois jours de préparation au mental, mais on aurait forcément fini par se blesser… Et ce n’est évidemment pas l’idée, après tout ce que l’équipe a pu connaître l’an dernier."

Azéma : "rechercher les bases à l’insep"

En effet, après une dernière saison polluée par les blessures, le leitmotiv des Clermontois réside évidemment dans l’idée d’éviter tous ces désagréments, en passant par une intersaison des plus sérieuses. Fini Ibiza et ses plaisirs, place désormais au rude, au rustique, au spartiate, à l’image de ce stage de 5 jours programmé à l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance du 23 au 28 juillet, durant lequel les Auvergnats auront le plaisir d’accueillir leurs internationaux (Parra, Cancoriet, Penaud, Grosso, Lamerat, Fofana, Slimani et Lapandry) ainsi que leur nouveau centre George Moala. "L’idée en ce début de saison, c’est d’aller rechercher les bases, glissait Azéma. Et l’Insep, c’est très fort pour ça. Ce n’est pas le luxe, mais il y a de superbes structures sportives en termes de balnéo, des pistes, des terrains, des salles de combat… On va chercher des installations de qualité, mais aussi la cohabitation avec des athlètes d’autres disciplines pour échanger avec eux. Ce sont des choses agréables à vivre et qui font aussi progresser, avant de basculer sur le rugby pur et dur."
Une perspective qui verra l’ASMCA ne pas déroger à sa tradition de ne disputer que deux matchs amicaux, qui se joueront le 10 août à Toulon et le 17 à Issoire, face au Canada. "Deux rencontres, c’est suffisant pour se calibrer, assumait Azéma. On fait suffisamment de matchs le restant de l’année, pas la peine de s’en rajouter. L’ambition, c’est juste de bien préparer notre saison pendant ces deux mois. Ce n’est qu’à la sortie de cette période qu’on pourra commencer à se projeter." Reste qu’au vu des bonnes nouvelles annoncées en début de semaine (les prolongations longue durée de Parra, Lee et Betham) les ambitions clermontoises ne sont pas profondément enfouies. Et que le volcan ne demande qu’à se réveiller, en cette semaine qui a également vu si symboliquement la chaîne des Puys classée par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité…

Nicolas Zanardi
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