Bourdin : "Revenir à des choses essentielles"

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    Bourdin : "Revenir à des choses essentielles"
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Après 7 semaines de trêve, les Clermontois ont repris cette semaine l'entraînement. Sébastien Bourdin, le préparateur physique de Clermont, s'est livré à Midi Olympique sur la préparation des Auvergnats. 

Midi Olympique : Après douze saisons au club, c’est pratiquement la première que vous débutez avec des joueurs bien reposés, pour un travail planifié sur huit semaines. Pratiquement un saut dans l’inconnu !

Sébastien Bourdin : Quand même pas ! (rires) Mais c’est sûr qu’en douze ans, ce n’est que la deuxième fois que j’ai la chance d’évoluer dans un contexte aussi favorable. C’est agréable, parce qu’on peut prendre le temps de travailler sur des organismes frais et développer les joueurs, avec un temps de préparation correct. La vérité, c’est que je suis juste très content de faire mon métier correctement (rires). Le seul bémol, c’est qu’il nous manque pour l’instant nos six internationaux, cinq blessés et deux recrues, dont une (Nanai-Williams, N.D.L.R.) est d’ailleurs en réhabilitation après une opération à l’épaule. Au total, c’est encore une quinzaine de joueurs qui manquent à l’appel, et c’est le point négatif pour moi à l’heure de programmer la préparation physique de l’équipe. Mais globalement, ce contexte est quand même bien meilleur que ces dernières années…

L’ironie de l’histoire étant qu’il faille nécessairement passer par une saison pourrie pour retrouver des conditions de travail idéales…

S.B. : C’est justement là tout le problème du rugby français. Si tu veux avoir le temps de bien te préparer pour éviter les blessures, avec plus de repos avant le début de la saison pour régénérer les organismes, il faut passer par une saison qui se termine plus tôt… Après, avoir le temps de se préparer n’est pas non plus une assurance tous risques. On va bien voir, mais en théorie, cette longue période devrait bien nous aider…

Comment avez-vous vécu l’accumulation de blessures qui s’est abattue sur l’équipe la saison dernière? On imagine un certain fatalisme…

S.B. : Cela faisait trois ans que nous n’avions que trois semaines entre le jour de la reprise et le début du championnat. Il n’y a pas que ça, bien sûr, car les blessures relèvent d’une multitude de facteurs. On a passé tout l’été à chercher des réponses en termes de statistiques. Le problème est que, souvent, les statistiques amènent plus de questions que de réponses, sans parler qu’il demeure une variable au sujet de la malchance qui ne nous a pas épargnés la saison passée, comme sur les fractures des avant-bras, par exemple. Mais il ne faut pas non plus se cacher derrière ces circonstances atténuantes. Chacun a fait son mea culpa, et a cherché à trouver les bonnes réponses cette saison.

Le contexte idéal dans lequel vous travaillez cet été n’ajoute-t-il pas un surcroît de pression ?

S.B. : La pression, on l’a toujours, peut-être même plus encore quand il n’y a que trois semaines de préparation. Parce que ces circonstances atténuantes, on s’en fout. Ce qui compte, c’est de gagner des matchs. Et pour ce faire, c’est sûr qu’il est peut-être plus confortable de démarrer avec une bonne préparation, mais encore faut-il bien travailler.

Le fait de disposer d’un groupe de joueurs revanchards n’est-il pas aussi un atout ? Lors de la première séance rugby de la saison, les joueurs sont déjà apparus plutôt affûtés et enthousiastes…

S.B. : J’ai toujours travaillé à l’ASM, donc je ne sais pas forcément ce qui se fait ailleurs. Mais je suis plutôt partisan d’intégrer le rugby dès la première journée de la préparation, et je le suis plus encore cette année, car l’objectif est de retrouver un certain enthousiasme. Il n’y a pas eu trop de problèmes de surpoids à la reprise, ce qui montre que les joueurs sont motivés. Les mecs ont fait attention, certains travaillaient même déjà depuis quelques semaines sur les installations du club, que nous leur avions laissé à disposition. Après, c’est difficile de comparer avec les saisons précédentes parce que nous avons changé notre système de tests cette saison.

On sent de la part du staff une volonté de revenir aux bases. Pourquoi ce choix ?

S.B. : On s’est posé certaines questions dans la préparation de la saison. Pourquoi, quand ils étaient jeunes, les mecs se sont tournés vers le rugby ? Pourquoi ont-ils choisi la voie d’un sport de combat plutôt qu’un autre, et comment leur redonner l’envie, le plaisir de pratiquer ce sport ? Notre optique est vraiment celle-là cette saison, à savoir redonner aux joueurs ce pour quoi ils ont aimé le rugby, revenir à des choses essentielles. C’est pourquoi on a pris le parti d’intégrer le ballon très vite, de mettre en place beaucoup de compétition, de côtoyer des sportifs de haut niveau issus d’autres disciplines… Le leitmotiv, c’est de faire des choses simples et bien, de travailler avec et sans le ballon pour l’équipe, faire attention aux autres, ressentir en retour la bienveillance de ses coéquipiers.

Vous parliez de côtoyer des sportifs d’autres disciplines… À ce titre, un des temps forts de votre préparation résidera dans votre semaine à l’Insep, du 23 au 28 juillet. Pourquoi ce choix ?

S.B. : Je connais bien l’Insep, pour y avoir été pensionnaire (en tant que lutteur). On avait cette idée d’un stage là-bas depuis quelques années, mais on se heurtait au problème qu’il n’y avait pas là-haut de terrain correct. Or, ils viennent tout juste d’investir dans un outil tout neuf, donc c’était le bon moment pour y aller. D’autant plus par rapport à notre thématique du début de saison…

On imagine que ce stage sera surtout orienté autour des disciplines de combat…

S.B. : Il n’y a pas beaucoup d’athlètes à l’Insep à ce moment de la saison… L’idée, c’est effectivement de se rappeler que le rugby est un sport de combat, et plus encore en Top 14. On veut donc se concentrer là-dessus, car on l’a peut-être oublié à certains moments la saison dernière. Et si on l’oublie, on le paie cher… L’athlétisme, c’est bien, et on va évidemment faire de la course. Mais le combat reste au centre de tout en matière de rugby. Et cela peut-être bien, dans cette optique, de permettre aux joueurs de rencontrer d’autres sportifs. Les rugbymen vivent parfois en vase clos, confinés dans leur hôtel. Le fait de côtoyer des gens qui sont des médaillés olympiques, des stars dans leur discipline, peut aussi leur apporter quelque chose.

Nicolas Zanardi
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