Notre devoir

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Publié le , mis à jour

Souvenez-vous, c’était hier. Un dimanche soir de janvier comme une fête organisée autour d’un choc du Top 14, entre le Racing 92 et Clermont, sous le toit de la U Arena.

Forcément rock’n’roll même s’il était annoncé que les Ciel et Blanc croqueraient aisément les minots clermontois mobilisés pour faire le nombre après l’incroyable cascade de blessures qui ruinait les ambitions de Franck Azéma. Parmi ces gamins-là, Samuel Ezeala. À 18 ans, l’ailier plein de promesses a violemment croisé la route du surpuissant Virimi Vakatawa qui l’a laissé K.-O. et nous a plongés dans l’effroi. L’image des draps blancs déployés pour cacher un jeune homme, qui serait ensuite évacué sur un brancard au bout de longues minutes torse nu et bardé d’électrodes, reste accrochée à nos mémoires. 

Samuel s’est heureusement relevé. Il a même repris le chemin des terrains comme pour mieux tourner la page sur ce qui aurait pu devenir un dramatique accident de match. Pour autant, il est de notre devoir commun de ne surtout pas oublier. Parce qu’un gamin, répétons-le, a failli y passer. Parce qu’un autre de 17 ans est décédé quelques semaines plus tard dans son lit, un soir de match ; il s’appelait Adrien Descrulhes. Et parce que la problématique des commotions cérébrales fait peser une très sérieuse menace sur la pratique du rugby. 

Notre sport est ainsi placé face à l’un de ses plus grands défis : assurer la sécurité de ses pratiquants, notamment les plus jeunes. Comme ce fut le cas pour la protection des joueurs de première ligne il y a quelques années, il est question de prévention, de préparation et d’éducation. Mais, ne rêvez pas. Nous ne pourrons éviter une réforme des règles du jeu pour mieux protéger les joueurs. 

Le carton bleu est apparu chez les amateurs, où les arbitres ne bénéficient pas l’assistance vidéo pour déceler d’éventuels K.-O. Il faut s’en féliciter comme il faut louer le Grenelle médical initié par la Ligue et l’observatoire médical qui associe FFR et LNR dans une même démarche. 

Le législateur devra aller plus loin, en se penchant notamment sur les phases de rucks et de plaquages. Il lui faut trouver la parade à ce rugby de collision qui s’est banalisé à tous les niveaux, pour retrouver le sens de l’évitement. La quête des espaces doit redevenir une priorité et elle ne se concrétisera jamais si elle n’est portée par les techniciens qui ont les commandes de ce jeu. 

Si l’exemple vient toujours d’en haut, c’est tout en bas que les efforts doivent se concentrer. Pour proposer autre chose aux gamins des écoles de rugby qu’une grossière séance de plaquage sur un sac de mousse trop grand et trop lourd pour eux. Un sac qu’ils défient à toute vitesse, sans chercher de repère avec la réalité du jeu et sans développer la moindre technique. 

Il faut se demander pourquoi les Néo-Zélandais bannissent le plaquage dans les catégories les plus jeunes comme nous l’a récemment rapporté notre reporter Arnaud Beurdeley de son voyage au pays des Blacks. Pourquoi ils imposent aux gamins de réaliser soixante passes minimum par séance d’entraînement. Pourquoi le rugby est chez eux une réflexion permanente, partagée et enrichie par tous quand, chez nous, il s’est robotisé à l’extrême. Félicitons-nous quand même de cette prise de conscience qui semble poindre aujourd’hui. L’élan est amorcé et il nous appartient de ne surtout pas l’abandonner sans quoi ce jeu risque bien de devenir plus con qu’il ne l’est à ce jour. Notre devoir commun ? Ne pas oublier Samuel et Adrien. 

Emmanuel Massicard
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