Si on parlait de rugby ?

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    Si on parlait de rugby ?
Publié le , mis à jour

Édito - Philippe Saint-André n’était peut-être pas le meneur d’hommes espéré, ni le communicant du siècle lorsqu’il s’installa dans le costume de sélectionneur, en 2012. Mais le Goret n’avait évidemment pas tous les torts et n’avait pas toujours tort. Il avait même franchement raison lorsqu’il conseilla à ses joueurs de « partir en vacances avec un ballon dans le coffre de la bagnole ». C’était au retour d’une tournée australienne (2014) où le XV de France avait aligné ses trois purges habituelles du mois de juin. Message reçu ? Pensez-vous. Chacun avait eu le loisir de s’étouffer lorsqu’un de ses joueurs, considéré comme cadre qui plus est, lui renvoyait la balle, souffrant visiblement d’une morgue aveuglante : « Ça va, pas besoin. On sait tous faire des passes. »

Eh bien non, en fait. Ou alors, pas toutes les passes. Pas celles de 20 mètres, à pleine vitesse et qui échouent en pleine course du partenaire visé. Pas celles dans le trafic défensif, quand la machine s’emballe, que le rythme des émotions s’accélère et que les Bleus, d’une situation favorable, doivent basculer vers une situation d’essai. Tout cela, désolé, on ne sait pas vraiment faire. Ou pas bien. C’est un constat, même pas un jugement. Sinon, le XV de France ne serait pas le démiurge du presque-essai, le pharaon du quasi-bien-joué et de la défaite encourageante.

Une fois actée cette fissure, qu’est-ce qu’on fait ? On travaille, pardi ! On touche le ballon et on répète ses gammes, à l’infini, tel un Jonny Wilkinson aux aurores, un lendemain de match. Ça paraît évident. Dans l’entourage fédéral, pourtant, on ne parle encore que de préparation physique, cet été. D’allégement des charges de travail, de limitation du temps de jeu et de développement des aptitudes physiques. Beaucoup de données quantifiables et quantifiées, statistiquement. C’est important, bien sûr.

Mais voilà. Au retour de la dernière tournée néo-zélandaise, où les bonnes performances proclamées des Bleus ont accouché de trois défaites et 127 points encaissés, ce n’est pas vraiment l’écart physique qui a sauté aux yeux. Plutôt la vitesse d’exécution, la précision gestuelle qui ont semblé creuser un gouffre entre les Bleus et les Blacks. La technique individuelle, pour faire simple. Et les six semaines qui viennent, les seules réellement disponibles pour du travail de fond des joueurs internationaux, auraient été une aubaine pour combler un peu ce déficit technique. Las, la période est intégralement placée sous le signe de la régénération et de la préparation. Dommage, pour le moins.

De cette réflexion en forme de déception, on retirera une éclaircie tout de même : isolés l’an dernier, alignant les tours de terrain et les kilos de fonte à l’écart des groupes professionnels, les joueurs du XV de France seront, cette fois, intégrés aux collectifs de leur club pour toute la préparation. Où l’on parle de sueur, certes, mais aussi de ballon. Donc de rugby. Espérons que les Bleus en retireront une progression autre que celle des kilos sur la balance. Jusqu’à plus ample informé, la Nouvelle-Zélande et l’Irlande, qui dominent actuellement leur hémisphère respectif, sont aussi les deux lignes d’attaque les plus légères de la planète.

Léo Faure
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