L’enfer des damnés

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    L’enfer des damnés
Publié le , mis à jour

Ils rêvaient de Japon et d’une Coupe du monde, sommet de leur vie de rugbyman. Un match a tout changé dans la carrière de Lucas Guillaume (27 ans) et Sébastien Rouet (33 ans). Depuis Belgique - Espagne, le troisième ligne et le demi de mêlée ont tout perdu ou presque. mais Les deux anciens Narbonnais continuent de se battre.

Dimanche 18 mars 2018, le Petit Heysel de Bruxelles, théâtre d’un grand rendez-vous. Lucas Guillaume, Sébastien Rouet et leurs partenaires de sélection espagnole s’apprêtent à basculer dans une nouvelle dimension : la Roja se trouve à quatre-vingts minutes d’une qualification inattendue pour le Coupe du monde car promise à la Roumanie à l’origine « C’était le match de notre carrière, cela aurait dû être un des plus beaux jours de notre vie, même, se remémore le premier. A l’arrivée, ce fut un cauchemar qui n’est toujours pas terminé. » Le cycle infernal s’enclenche après quelques secondes : « A la première minute, nous lançons un maul qui avance sur plusieurs dizaines de mètres avant qu’un adversaire au sol ne l’écroule. L’arbitre ne donne aucun avantage et, quelques temps de jeu après, il nous sanctionne. » Le doute, effleuré dans la semaine, s’immisce dans les esprits. La théorie du complot prend à chaque coup de sifflet plus de consistance à leurs yeux : un arbitre roumain est en train de dilapider leurs chances de qualification au profit… du XV du Chêne. « Nous nous étions fait la réflexion en apprenant sa nationalité après la victoire contre la Roumanie, se souvient Sébastien Rouet. Tout le monde se demandait comment un tel choix était possible. » « Je me disais que ce n’était pas possible de se faire voler sur un match d’une telle importance, évoque Lucas Guillaume. C’est pourtant ce qui s’est passé. » Venus en conquérants, los Leones se sentent rapidement impuissants. « J’ai vécu le match de l’en-but et les décisions allaient toujours dans le même sens, se souvient Sébastien Rouet. Dès la mi-temps, je sentais les mecs abattus. Depuis le bord, ça n’a cessé de nous révolter. » Quand sonne définitivement le glas de leurs espoirs, les Ibères invectivent l’homme en noir : « Il y a eu un mouvement de foule et une petite bousculade. C’est regrettable. Tout ce que l’on voulait, c’était des explications. C’est sûr, ce n’était pas joli à voir mais il n’y a eu aucun coup porté. » « Il y avait un tel sentiment d’injustice », justifie Lucas Guillaume.

« A l’hôtel, tout le monde était en pleurs » 

Avant de rejoindre les vestiaires, le troisième ligne se dirige vers Michel Arpaillange, directeur des opérations et des compétitions à Rugby Europe, pour souffler son dégoût : « Je lui ai dit que ce n’était pas l’Espagne qui avait perdu mais le rugby. » Ce 18 mars n’en reste pas moins un des jours les plus tristes de l’histoire du rugby hispanique. « C’était tellement déchirant le soir même, de devoir quitter tous les coéquipiers. à l’hôtel, tout le monde était en pleurs. » Lucas Guillaume ne le savait pas, alors, mais ce premier revers en annonçait d’autres, tout aussi cuisants. Pendant un mois, la rencontre donne lieu à une interminable troisième mi-temps sur tapis vert. L’arbitre a-t-il faussé les débats ? La rencontre doit-elle être reprogrammée ? Pourquoi cette désignation ? L’Espagne, reconnue comme victime, est soutenue par des avocats de renom : « Nous avons eu l’appui de World Rugby, rappelle Lucas Guillaume. Son président Bill Beaumont a estimé que le match était à rejouer, Agustin Pichot aussi, Patrick Robin et Alain Rolland, patrons des arbitres, ont désavoué l’officiel roumain en disant qu’il ne leur avait pas rendu la confiance donnée… » Dans l’attente du verdict final, le flanker et le numéro 9 reprennent leur petit bonhomme de chemin à Narbonne. 

« C’était une parodie de procès » 

La réception d’un e-mail de Rugby Europe, mi-avril, les replonge dans le mauvais rêve : avec trois coéquipiers, ils sont convoqués devant une instance disciplinaire pour répondre des débordements de Bruxelles. « C’était une parodie de procès.Déjà, ils n’ont laissé que cinq jours pour préparer une défense. Surtout, une fois sur place, j’ai compris que nous allions en fait à l’abattoir : l’arbitre est arrivé en claquant la bise au jury, les chefs d’accusation avaient changé le jour même, nous n’avions presque pas le droit de parler, il n’y avait pas de procès-verbal et deux d’entre nous n’étaient cités dans aucun rapport de match et avaient été désignés on ne sait comment… Avec le recul, il aurait fallu se lever et partir. Mais bon, il y avait la qualification qui était encore possible, personne ne voulait faire de vagues… » Deux heures après le terme de la séance, la sanction tombe et les chiffres claquent.

 

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Vincent Bissonnet
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