Bernard Goutta « J’ai parfois culpabilisé »

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    Bernard Goutta « J’ai parfois culpabilisé »
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Bernard Goutta, coentraîneur de Clermont, s'est livré sur ses doutes, ses craintes et les nouvelles ambitions du club, à deux semaines de la reprise du championnat.

Comment jugez-vous la préparation que vous venez d’effectuer ?

Nous avons eu beaucoup plus de confort que l’an passé, plus de temps pour se régénérer et se préparer. C’est la première fois depuis dix ans que l’ASM a sept semaines de vacances. La différence est fondamentale. Un exemple ? Nous avons pu travailler avec Camille Lopez ou Sébastien Vahaamahina. C’est peut-être leur première intersaison pleine avec le club. Travailler avec un effectif complet, avec peu de blessés est un luxe. Nous avions fait un gros bilan en fin de saison dernière pour identifier les problèmes rencontrés, les secteurs et les axes de travail à mettre en place. Tout ça basé sur beaucoup d’échanges avec les joueurs. On a senti plus d’application et d’implication de la part de l’ensemble du staff et des joueurs. Mais aussi un peu plus d’humilité eu égard à nos contre-performances.

Quels ont été les axes de travail durant la préparation ?

On a tiré des leçons de notre management. Un exemple : comment travailler avec seulement vingt joueurs, comme ce fut le cas parfois l’an dernier, en raison du nombre incalculable de blessés ? Et comment protège-t-on nos joueurs ? Quel contenu ? Quel programme ? Ce fut nos axes de travail. Sur le plan rugbystique, on a évidemment œuvré sur la préparation physique, tous nos skills, notamment de défense, et la technique aux postes.

N’était-ce pas miraculeux de tenir au plus haut niveau plus de dix ans sans connaître d’accident ?

Bien sûr ! L’équipe l’a payé au prix fort l’an passé. Tous ces blessés nous ont pénalisés lourdement. à force de jouer sur tous les tableaux, ça finit par casser. À l’ASM, chaque saison, il y a trois compétitions à jouer : le Top 14, la Champions Cup et l’équipe de France. Cette semaine, nous avions encore dix joueurs à Marcoussis. Jongler sur les trois tableaux, c’est périlleux, précaire. Maintenant, il faut oublier… Ou plutôt passer à autre chose. Mais aussi se souvenir des scénarios de match, des déclarations des uns et des autres. Il a été dit que nous faisions pitié. C’est fort, tout de même.

À la reprise, les joueurs étaient-ils encore marqués par l’échec de la saison dernière ?

Non, pas du tout. Le bilan avait été fait avant de partir en vacances afin de les libérer de ce poids. Les joueurs sont revenus très frais, mentalement. Tout le monde nous observe, nous attend, pour voir quel sera notre comportement, pour savoir dans quelles dispositions sera l’équipe, pour jauger ses progrès. Ce premier match amical à Toulon est très important. Nous allons très vite être évalués par le monde du rugby. Mais le plus important sera notre propre évaluation.

En raison de la multitude de blessés la saison dernière, avez-vous poussé la préparation physique sans aucune crainte ?

Oui, sans problème. L’an passé, après trois semaines de préparation, l’équipe disputait son premier match amical. Cette année, elle le joue après six semaines. Nous avons eu le temps de préparer les joueurs à l’affrontement et au contact.

À titre personnel, comment avez-vous vécu les critiques qui ont émaillé votre première saison à Clermont ?

Je ne regrette surtout pas mon choix : l’ASM est un grand club. Malgré le scénario catastrophe de la saison dernière, le staff est resté soudé, ce qui nous a permis d’éviter le pire. Peu de clubs auraient tenu le coup comme nous l’avons fait. Cette force du groupe, du staff, du club, c’est qui nous a permis de ne pas sombrer quand ça a tangué. Et l’an passé, ça a vraiment beaucoup tangué !

Mais vous, à titre personnel ?

Ça n’a pas été facile à vivre, je le concède. Mais je n’étais pas tout seul dans cette tempête. Ma frustration est née de l’obligation de travailler uniquement avec seulement vingt éléments. C’est aussi le job d’un entraîneur : continuer à faire progresser les joueurs malgré un contexte difficile. Certes, nous sommes jugés sur les résultats, mais ce qui nous fait avancer, c’est de faire que les joueurs progressent. À Colomiers, je n’avais pas toutes ces problématiques. Le championnat de Pro D2 est fait de telle sorte qu’après chaque bloc de six matchs, les joueurs avaient une semaine de régénération. En Top 14, c’est impossible et il faut être performant toutes les semaines, avec plus de compétitions à gérer. Mais j’ai beaucoup appris.

N’aviez-vous pas mal vécu les critiques ?

Non, pas vraiment. J’ai trouvé la critique parfois en manque d’objectivité vis-à-vis de certains joueurs, notamment lorsqu’il y avait de nombreux absents. La saison aurait pu tourner au cauchemar, or les joueurs présents ont gardé la tête haute. La critique fait partie du métier. Même quand ça gagne, on l’a vu récemment avec Didier Deschamps (sélectionneur de l’équipe de France de football, N.D.L.R.), elle est présente. Mais les critiques me concernant ne m’ont pas touché. Je n’ai plus l’âge pour ça. Le plus important pour moi est d’être droit et honnête. Critiquer le jeu, le système, j’y suis favorable. Critiquer les hommes, c’est plus délicat. Et parfois, ça va trop loin.

Avez-vous douté personnellement de votre capacité à vous inscrire dans le projet de l’ASM ?

Non, mais je me suis remis en cause. J’ai parfois culpabilisé. Je me suis dit : « Mais ce n’est pas possible, qu’est ce que je peux faire ? » Ma chance, c’est d’être dans un grand club.

Votre relation très forte avec Franck Azéma vous a-t-elle permis de mieux faire face aux difficultés ?

Ça aide forcément. Franck est mon ami, Mais, au risque de ne me répéter, l’ASM, c’est un staff de dix-sept personnes. Entre nous, la solidarité a été totale. Je ne fais pas de langue de bois, je le dis comme je le ressens. Si ce n’était pas le cas, je n’en parlerais même pas.

Vous disiez un peu plus tôt que tout le monde attend de voir le début de saison de Clermont. N’est-il pas important, pour ne pas retomber dans une spirale négative, de bien débuter le Top 14 ?

Il est capital de ne pas se louper sur les premières journées et de prendre un maximum de points. D’abord, pour valider le travail effectué à l’intersaison et vite se positionner dans le haut du classement. Ensuite, parce qu’avec les échéances internationales, nous serons peut-être privés d’une dizaine de joueurs sur ces périodes, ce qui est conséquent.

Avez-vous un sentiment de revanche avant d’attaquer le Top 14 ?

Non et je n’ai pas senti ça chez les joueurs non plus. Juste l’envie de bien faire et de travailler sereinement. Notre objectif, c’est d’améliorer la qualité du travail. S’il doit y avoir un sentiment de revanche, c’est uniquement par rapport aux résultats. La saison dernière n’a pas été digne de l’ASMCA. En ça, on se doit de mieux faire, de viser une des six premières places et retrouver la Champions Cup.

Arnaud Beurdeley
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