Le Stade français privé de Herrera ?

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    Le Stade français privé de Herrera ?
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S’il ne figure pas dans la première liste de Mario Ledesma, le nom du pilier droit parisien - comme celui de Juan Figallo qui évolue aux Saracens - a été évoqué publiquement par le nouveau sélectionneur des Pumas, lequel espère compter sur lui pour le Rugby Championship. Une première étape vers la fin annoncée du protectionnisme argentin.

Ce n’est pas un mystère, les Argentins veulent revenir sur la politique « protectionniste » qu’ils ont mise en place depuis trois ans. à ce moment-là, la Fédération avait instauré une réforme selon laquelle seuls les joueurs évoluant au pays et donc au sein de la franchise des Jaguares, qui a intégré le Super Rugby en 2016, étaient susceptibles d’être sélectionnés pour défendre le maillot de l’équipe nationale. Mais cette idée a, semble-t-il, vécu. Pourtant, Mario Ledesma, nommé officiellement sélectionneur des Pumas il y a presque deux semaines, a donné un premier groupe, en vue du Rugby Championship qui s’ouvrira samedi prochain pour son équipe par un déplacement en Afrique du Sud, sans noms de joueurs évoluant en Europe (lire Midi Olympique de vendredi). Mais, durant sa première conférence de presse, l’ancien talonneur a étrangement cité les cas des piliers Juan Figallo (30 ans ; 24 sélections) et Ramiro Herrera (29 ans ; 37 sélections), lesquels évoluent respectivement aux Saracens et au Stade Français, « car nous n’avons pas de profondeur au niveau de la première ligne ». Selon nos informations, l’UAR (la Fédération argentine) a fait une demande officielle aux deux clubs européens concernés et devrait invoquer le fameux article 9, lequel oblige à la libération des intéressés. Elle s’attend donc à récupérer Figallo et Herrera pour les prochains matchs des Four-Nations. Même si, joint par nos soins, le manager du Stade français Heyneke Meyer nous a indiqué : « à ce stade, rien n’est finalisé concernant Herrera. Nous allons en discuter lundi. » 

Les cas de « force majeure »

Cette situation risque de fragiliser les Londoniens et les Parisiens qui n’avaient sûrement pas prévu de laisser partir ces deux joueurs. Par exemple, le Stade français pourrait ainsi ne pas pouvoir compter sur son pilier droit pour le début de la saison de Top 14. Le problème est ainsi très épineux et pourrait avoir des conséquences à plus long terme. En effet, l’UAR sait qu’en revenant sur sa réforme, elle risque de voir plusieurs de ses talents décider de quitter l’Argentine, ce qui pourrait affaiblir encore les Jaguares. Mais la question se posait déjà. Plusieurs joueurs avaient ainsi choisi de rallier le Vieux Continent et donc de dire adieu aux Pumas. Citons Juan Imhoff, Facundo Isa, Santiago Cordero et depuis peu, Nicolas Sanchez (qui a été retenu pour le Rugby Championship et rejoindra son nouveau club du Stade français après la compétition). Imhoff était déjà au Racing 92 quand la règle est passée, même s’il y a par exemple prolongé son contrat jusqu’en 2022 en juin dernier, mais le Toulonnais Facundo Isa fut le premier à défier ouvertement la politique de sa Fédération en s’envolant pour la France (d’abord en tant que joker à Lyon avant de rejoindre le RCT). Voilà pourquoi au-delà d’un certain seuil, cette règle ne voudrait plus rien dire. Elle partait du désir des Argentins de former une franchise compétitive pour le Super Rugby. Les Jaguares ont répondu à cette attente, mais leurs joueurs touchent des salaires très faibles par rapport aux tarifs pratiqués en Europe. Ledesma a bien précisé qu’il avait demandé l’autorisation du Comité directeur de l’UAR avant de penser à Figallo et Herrera et que le recours à d’autres exilés ne le serait que sur des cas de « force majeure ». Mais, s’ils concernent uniquement les deux piliers pour l’instant, une interrogation s’impose pour la suite et notamment en vue de la prochaine Coupe du monde : appeler des Isa, Imhoff et Sanchez pour espérer battre la France ou l’Angleterre en 2019 au Japon, ne serait-ce pas la définition d’un cas de force majeure ?

En attendant, reste aussi à connaître le comportement des clubs européens face à la fin annoncée du protectionnisme argentin. Car cela aura forcément des effets sur leur axe de recrutement. D’un côté, ces derniers appréciaient de moins en moins de recruter des joueurs talentueux pour les voir partir en sélection pendant plusieurs mois, ce qui pourrait redevenir le cas. D’un autre, cette donne pourrait de nouveau et plus largement ouvrir le marché des Pumas.

Jérôme Prévot
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