Le grand saut de Loïc Jacquet

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    Le grand saut de Loïc Jacquet
Publié le , mis à jour

Le deuxième ligne du CO a rencontré, cet été, les soldats du 8e régiment de parachutistes d’infanterie de marine de Castres. L’occasion d’échanger sur deux métiers qui se rapprochent et de s’essayer au saut en parachute dans les conditions du réel.

Un mardi d’été, à la garnison du huitième régiment de parachutistes d’infanterie de marine de Castres, situé avenue lieutenant Jacques Desplats, à moins d’un kilomètre du stade Pierre-Fabre : Un drôle de volontaire aux dimensions physiques impressionnantes se présente à l’entrée. 1,98 m, 113 kg et une appétence certaine pour le combat : à première vue, le gaillard présente de solides arguments. Seul l’âge pose question pour une éventuelle intégration dans les rangs : 33 ans.
Mais, entre un entraînement collectif et la présentation de l’effectif, Loïc Jacquet est simplement venu en curieux pour échanger avec le Commandant Jean-Yves et découvrir les installations. Ce corps de métier l’a toujours fasciné : « Si je n’avais pas réussi dans le rugby, je m’étais toujours dit que je pourrais intégrer l’armée, raconte le jeune champion de France à son arrivée sur les lieux. Il y a des valeurs et un état d’esprit qui correspondent à ce que je suis. » Un de ses cousins a d’ailleurs choisi d’emprunter cette voie. Avant d’embarquer pour une activité alors inconnue, le rugbyman et le militaire déambulent dans la garnison et échangent sur leur parcours, leur existence, leurs conceptions. Rapidement, des points communs émergent dans la discussion. « Nos deux métiers se ressemblent, véritablement, constate Loïc Jacquet. Il faut aimer l’engagement et être prêt à avoir mal, à faire don de son corps pour arriver à ses fins. Dans la dimension collective, aussi, il y a des similitudes : il faut toujours penser au collectif avant de penser à soi. » Et le Commandant d’ajouter : « Ce sont des professions de passionnés, de vocation. Il faut s’engager à fond dans les deux cas. » Et les deux hommes de partager leurs plus hauts faits d’armes. À Loïc Jacquet les affrontements virils et la quête de notoriété à grands coups de charges balle en main ; au Commandant Jean-Yves les interventions en terres hostiles sur les cinq continents, dans les airs comme sur terre. La complicité se tisse, progressivement. Le militaire convie ensuite le deuxième ligne à l’accompagner sur un terrain d’entraînement. Sans lever le voile sur la suite des événements. Une demi-douzaine de kilomètres plus tard, Loïc Jacquet se retrouve à proximité de l’aéroport de Castres-Mazamet, entre les collines du Causse, où l’attendent une centaine de parachutistes. Son après-midi découverte prend une tournure surprenante. « Vous n’allez pas me remercier longtemps », avait promis le commandant Jean-Yves lors des présentations. Le rugbyman comprend alors. « Il est prévu de vous faire sauter dans l’avion suivant. C’est votre défi du jour, annonce son hôte. Tout a été étudié, ne vous inquiétez pas. » « Avec plaisir mais je ne sais pas vers quoi je me dirige », rétorque l’apprenti militaire.

 « Comme dans le tunnel du Stade de France »

 Le deuxième ligne se retrouve alors embarqué dans une drôle de séance. Entouré des spécialistes de l’exercice, il se voit donner une formation express : comment enfiler les parachutes dorsaux et ventraux, quelle attitude prendre au moment de se projeter dans le vide, comment actionner les toiles puis quelle posture prendre à l’arrivée. « Une fois au sol, vous remerciez le bon Dieu de vous avoir laissé en vie », s’amuse le Commandant Jean-Yves. La mise en condition dure une trentaine de minutes. Les premiers signes de tension se lisent sur le visage de l’élève. Le chewing-gum est mâché avec davantage d’intensité. Quelques tics apparaissent. Une trentaine de parachutistes descendent du ciel sous ses yeux. Les choses sérieuses vont commencer. Le Commandant cherche à rassurer : « Vous savez, Yannick Forestier et Matthias Rolland ont déjà sauté avec nous. » Après une dernière vérification effectuée par son instructeur, Loïc Jacquet se place en tête de cortège pour le déploiement suivant. « Je vous revaudrai ça Midi Olympique », lance-t-il avec le sourire. Dans un bruit assourdissant, le Tarnais d’adoption s’avance alors en direction de l’avion et commence à embarquer. Quand tout à coup, une main le retient. In extremis. Le petit jeu prend fin. Loïc Jacquet effectue demi-tour, à moitié amusé, à moitié frustré… « Vous m’avez fait passer par toutes les émotions, franchement : il y eut la surprise, l’appréhension, le moment où je me suis dit qu’il ne fallait pas se dégonfler et maintenant je suis déçu. » Les militaires se disent de leur côté impressionnés par son flegme et son entrain : « Nous étions persuadés qu’il demanderait à arrêter l’exercice mais non. Il n’a pas semblé déstabilisé, il n’y a pas eu une once d’hésitation. »
 Arrivée l’heure de vérité, Loïc Jacquet ne recule jamais : « Quand je me suis retrouvé en file indienne à monter dans l’avion, ça m’a rappelé l’entrée au Stade de France par le tunnel. J’ai ressenti la même adrénaline qu’avant les matchs. » Pour le véritable saut, le deuxième ligne devra patienter encore quelque temps. « Mais dès que j’ai fini ma carrière, je veux le faire. » Entre Loïc Jacquet et les parachutistes du 8e RPIMa, le deuxième rendez-vous est déjà pris.

Vincent Bissonnet
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